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Saint Bonaventure.
Dominicain du couvent de Bordeaux, le frère Jean-Thomas de Beauregard commente l’évangile de la fête de saint Bonaventure. À l’exemple de la foi des tout-petits, Bonaventure pense qu’il ne peut pas y avoir de connaissance de Dieu sans prière et sans amour.
Faire mémoire de saint Bonaventure en cette Année saint François d’Assise instituée par le pape Léon XIV, pourrait presque sonner comme une provocation. Aux yeux des franciscains spirituels, parce qu’il fut ministre général de l’Ordre des frères mineurs et qu’il y combattit la tendance joachimite qui risquait d’enfoncer les franciscains dans l’hérésie, Bonaventure est l’incarnation du traître, le symbole de l’écrasement du charisme originel par l’institution. Cette légende noire a d’ailleurs été reprise en 2002 par l’historien médiéviste Jacques Dalarun, qui par un jeu de mots cruel intitula l’un de ses livres La Malaventure de François d’Assise.
Doux et humble de cœur
C’est très injuste, tant Bonaventure s’est voulu fidèle à François d’Assise. Il y a même chez lui un certain chauvinisme franciscain. Un peu à la manière dont Thomas d’Aquin n’hésite pas à dire que la vie dominicaine est un décalque exact du mode de vie du Christ, Bonaventure n’hésite pas, pour commenter l’Évangile (lue le lendemain de sa fête !), où Jésus recommande d’être doux et humble de cœur (Mt 11, 28-30), à affirmer : "L’homme est doux par le sentiment de fraternité ; il est humble par le sentiment de petitesse ou de minorité. Donc être doux, c’est se faire le frère de tous ; être humble, c’est être plus petit que tous. Et donc être doux et humble de cœur, c’est être un vrai frère mineur." Ben voyons !
En bon frère mineur, Bonaventure est donc familier de l’Évangile de ce jour. Il peut s’exclamer avec Jésus : "Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. […] Personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler" (Mt 11, 25-27). Non pas que Bonaventure, pas plus que le Christ, ne méprise la science ou l’étude. Bonaventure était le collègue de Thomas d’Aquin à la Sorbonne, et si leurs théologies sont différentes, il n’y a aucun anti-intellectualisme chez Bonaventure. Mais peut-être plus que chez Thomas, des accents affectifs et de piété fervente.
Pas de théologie sans prière
Bonaventure est typique de cette théologie à genoux que le pape François reconnaissait chez Benoît XVI, précisément façonné par Bonaventure. Dans le prologue de son Brevioquium, Bonaventure écrit : "Il faut commencer par le commencement, c’est-à-dire accéder d’une foi pure au Père des lumières, en fléchissant les genoux de notre cœur, afin que par son Fils dans son Saint-Esprit, il nous donne la vraie connaissance de Jésus-Christ et, avec sa connaissance, son amour. » Dans son commentaire des Sentences, Bonaventure écrit encore que « la sagesse, en son sens le plus propre, désigne la connaissance expérientielle de Dieu ; et de cette manière, elle est l’un des sept dons de l’Esprit Saint, dont l’acte consiste à goûter la divine suavité […], il trouve son commencement dans la connaissance et sa consommation dans l’affection".
Ce que Thomas d’Aquin a pratiqué sans toujours le dire, Bonaventure le pratique et le dit, et même y exhorte : il veut qu’on ne fasse de la théologie que dans un climat de prière. Ainsi dans le prologue de son Itinéraire de l’âme vers Dieu, Bonaventure exhorte à la prière "afin qu’on n’aille pas croire que la lecture suffise sans l’onction, la spéculation sans la dévotion, la recherche sans l’admiration, l’examen attentif sans l’exultation, le travail sans la piété, la science sans la charité, l’intelligence sans l’humilité, l’étude sans la grâce de Dieu". De qui prétendrait faire de la théologie ou même de la philosophie une science autonome, sans le secours de la grâce, Bonaventure se moque : "C’est comme si un homme voulait regarder le ciel ou le soleil avec des bougies." Il prêche en ce sens : "Rien ne peut rendre les choses parfaits objets de science, si ce n’est la présence du Christ, Fils de Dieu et maître."
La foi des tout-petits
Dès lors, il peut arriver qu’un tout-petit en remontre à un grand savant en matière de foi, parce que son intimité avec le Christ lui donne cette connaissance expérientielle de Dieu qui surpasse toute connaissance. Peut-être ne saura-t-il pas la formuler conceptuellement de manière adéquate, mais il en vivra et saura reconnaître dans la prédication trop brillante d’un théologien à la mode ce qui s’écarte de la foi catholique. Et c’est ici que Bonaventure rejoint Thomas d’Aquin, dont on sait qu’il admirait la foi de la vetula, cette petite vieille qui, dans une chapelle latérale, récite son chapelet, et en sait parfois plus que le plus éminent des docteurs en théologie.
aleteia
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