mercredi 29 avril 2026

Anselme, le “docteur magnifique” qui faisait rayonner l’abbaye du Bec

 




Avant de devenir évêque de Cantorbéry, en Angleterre, saint Anselme (1033-1109), que l'Église fête le 21 avril, était prieur à l’abbaye Notre-Dame du Bec, en Normandie. Docteur de l'Église, il contribua à faire du Bec une des plus prestigieuses écoles de son temps.

Normandie, 1085. Les bâtiments claustraux édifiés il y a quelques années à peine donnent une allure à la fois grandiose et priante à la jeune abbaye du Bec. En cette belle après-midi de juillet, le soleil illumine toute le domaine. Rolan s’empêche de plisser les yeux pour profiter de la vue alors que son chariot approche des lieux. Le jeune chroniqueur n’a qu’une hâte ; rencontrer l’abbé Anselme.

Venu rendre visite à un cousin moine, il espérait pouvoir enfin voir de plus près cette école d’où naissent tant d’hommes dévots et sages. De nombreux seigneurs de Normandie y envoient leurs fils. Ceux-ci suivent avec assiduité les enseignements du trivium et du quadrivium. Leurs matinées sont dédiées aux cours de grammaire, de rhétorique et de dialectique. Tandis que l’après-midi, les pensionnaires apprennent l’arithmétique, la géométrie, la musique et l’astronomie. Des enseignements dispensés dans le cadre d'une riche vie de prières.  

Une école de piété et de sagesse

Cette formation si dense révéler plusieurs évêques et même un pape. Des hommes de piété et de sagesse incomparables réclamés en Normandie, en France, outre Rhin, dans les Flandres et bien d'autre provinces encore. Trois hommes sont à l’origine de cette formation. D’abord le père Herluin, moine bénédictin et fondateur de l’abbaye. Ensuite, l’abbé Lanfranc, actuellement archevêque de Cantorbéry. Et enfin… Le chariot s’arrête alors et Rolan descend pour se trouver face à face avec le maître des lieux. 

- Soyez le bienvenu, salue chaleureusement l’abbé Anselme. 

- Merci de m’accueillir, balbutie Rolan, déconcerté par la simplicité du moine. C’est un honneur de vous rencontrer. 

Anselme n’est pas beaucoup plus grand que lui. C’est un homme barbu au visage fin et qui malgré des cernes porte un sourire radieux. Il propose à Rolan de le suivre pour découvrir les lieux. Mais le chroniqueur a du mal à se concentrer sur les mots de son hôte. Anselme d’Aoste, successeur de l'abbé Herluin, est celui qui a fait reconnaître au Bec l’importance de la littérature. On dit que c’est aussi grâce à lui que la musique est devenue un enseignement majeur.

- Mon père, demande Rolan. Tout le monde dit que votre enseignement est le meilleur de toute la Normandie. 

- Tout le monde ? répond l’abbé en riant. Vraiment ? 

- Eh bien, non… bafoue le chroniqueur en rougissant. Mais la plupart. 

- Et que disent ceux qui ne sont pas d’accord ?

En défense de la raison

Voilà Rolan bien mal à l’aise. Certes il connaît les rumeurs qui dépeignent l’abbé du Bec comme un hérétique parce qu’il fait lire à ses élèves des œuvres philosophiques datant d’avant le Christ. 

- Pardonnez-moi, dit l’abbé après un long silence. Je n’ai pas voulu vous mettre dans l’embarras. 

- Oh ce n’est rien. Mais pourquoi vos élèves lisent-ils de la littérature païenne ? 

L’abbé rit de nouveau avant de mener son invité au jardin. D’une main, il lui montre le potager et lui demande ce qu’il y voit. Désorienté, Rolan répond qu’il voit des légumes pousser.

- Depuis le début de la création, l’homme a dû faire usage de sa raison pour apprendre du monde autour de lui. Pour distinguer les bonnes plantes des mauvaises. La raison est une qualité qui ne contredit pas celle de la foi. Tous les hommes ne connaissent pas Dieu, mais ils peuvent le trouver par l’exercice de leur raison. 

Anselme lui parle alors longuement des philosophes grecs plus vieux que le Christ qui ont su trouver la vérité par la raison. Pour lui, la raison est aussi nécessaire que la foi pour comprendre et rapprocher les incroyants de Dieu. 

C’est une philosophie qu’il défend toute sa vie. En 1093, il succède à Lanfranc pour devenir archevêque de Cantorbéry. Là, il entame un combat pour défendre l’indépendance de l’Église face à la couronne d’Angleterre. 

Il s'éteint le 21 avril 1109, un mercredi saint. Alexandre VI le canonise en 1494 et il est déclaré docteur de l’Église par Clément XI en 1720. En plus d’un grand sage, saint Anselme est également connu pour son sens de la pédagogie. Chercheur de Dieu, il est volontiers surnommé "docteur magnifique".


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mardi 28 avril 2026

Saint-Siège: apprendre à reconnaître les risques de préjugés raciaux dans l’IA

 





Dans une déclaration prononcée lors de la réunion commémorative marquant le 60e anniversaire de la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, la délégation du Saint-Siège auprès des Nations Unies appelle à un renforcement de la culture numérique, afin de sensibiliser le public à «la manière dont les algorithmes peuvent influencer les perceptions et porter atteinte à la dignité humaine».

Le  fléau de la discrimination «fondée sur des suppositions erronées de supériorité raciale» est désormais présent dans le domaine numérique, avec des modèles d’intelligence artificielle capables de reproduire «les stéréotypes et préjugés présents dans les données sur lesquelles ils se fondent».

S'appuyant sur l'analyse du Pape Léon XIV dans son Message pour la 60e Journée mondiale des communications sociales, la délégation du Saint-Siège auprès des Nations Unies, dans une déclaration prononcée lors de la réunion commémorative des 60 ans de la Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale, qui s'est tenue hier, le 23 mars, à New York, a appelé à «un renforcement des efforts éducatifs, en particulier dans le domaine de l’alphabétisation numérique, afin de sensibiliser à la manière dont les algorithmes peuvent influencer les perceptions et porter atteinte à la dignité humaine».

Contre le racisme, reconnaître la dignité de chaque individu


Le Saint-Siège réaffirme sa «condamnation pleine et ferme du racisme et de la discrimination raciale sous toutes leurs formes». Il souligne qu’à 60 ans de la proclamation de cette commémoration, la persistance du racisme «tire sa force du refus de reconnaître que la dignité intrinsèque de chaque individu ne dépend ni de son utilité ni des circonstances». Et si, à première vue, le racisme «semble continuer à se manifester sous la forme d’une discrimination fondée sur des suppositions erronées de supériorité raciale», à un niveau plus profond, ce fléau opère à travers des mécanismes plus subtils et complexes, tels que ceux présents dans le domaine numérique.

Politiques et pratiques visant à défendre les droits de tous


À travers les modèles d’intelligence artificielle, «façonnés par la vision du monde de ceux qui les construisent», dénonce le Pape, des préjugés tels que ceux de nature raciale peuvent être imposés. À la lumière de ces défis, conclut le Saint-Siège, il ne suffit pas de mobiliser la volonté politique, «si elle n’est pas accompagnée d’un engagement authentique à reconnaître la dignité égale et les droits de chaque personne».

Comme l’a affirmé Léon XIV dans son discours aux membres du Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège cette année, «les êtres humains sont créés à l’image et à la ressemblance de Dieu qui, en les appelant à l’existence par amour, les a, en même temps, appelés à aimer». Traduire cette conviction en politiques et en pratiques «peut alors affaiblir les racines du racisme et renforcer les liens de notre famille mondiale».



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