vendredi 1 mai 2026

La Sainte-Chapelle, consacrée le 26 avril 1248

 


Vue générale de la Sainte-Chapelle.



L’histoire de la Sainte-Chapelle, consacrée le 26 avril 1248, est l’histoire d'un programme politique tout entier tourné vers la sanctification des peuples.

Si un seul édifice religieux médiéval devait répondre à cette injonction que rien n'est trop beau pour Dieu, ce serait certainement la Sainte-Chapelle. Tout, depuis sa conception jusqu'à sa consécration fut pensé pour une plus grande gloire de Dieu. Nous sommes en 1237. Le roi Louis IX reçoit Baudouin, prince impérial latin de Constantinople, venu en France lever hommes et fonds pour sauvegarder son empire des attaques des Grecs. Le roi et sa mère Blanche de Castille sont sensibles à la demande de la malheureuse altesse. Nul ne pense cependant que la situation des Francs en Orient est à ce point désespérée.

La Couronne d’épines est à vendre

Durant le séjour de Baudouin, deux nouvelles fracassantes parviennent pourtant à la cour de France : la mort de l'empereur Jean de Brienne, beau-père de Baudouin, qui propulse ce dernier à la dignité impériale, à dix-neuf ans à peine ; et le souhait des seigneurs latins de Constantinople de vendre à des banquiers étrangers la Couronne d'épines du Christ, détenue dans le trésor de la ville, pour parer aux dépenses militaires les plus urgentes.

Pour le jeune Baudouin II, la chose est impensable. Louis IX et sa mère se portent acquéreurs. Vendre l'insigne relique au très chrétien roi de France semble plus honorable à l'empereur latin (et franc) de Constantinople. Des émissaires sont dépêchés sur place pour récupérer la couronne d'épines. Mais celle-ci, entretemps, a été déposée en gage à des marchands vénitiens. Louis IX ayant acquis auparavant la relique, ce sont les Français qui la récupèrent, acceptant seulement que la couronne transite par Venise où les habitants pourront la vénérer avant son arrivée à Paris.

Pieds nus et en chemise

La couronne d'épines traversera la France en juillet 1239. Louis IX va à sa rencontre le 9 août, près de Sens, et porte lui-même la relique en procession. Accompagné de son frère Robert, il est pieds nus, ceint d'une simple chemise, au milieu de la foule en prières. À Paris, la relique est de nouveau portée en procession par le roi, puis exposée à la vénération des fidèles à Notre-Dame de Paris, avant d'être conduite jusqu'en la chapelle Saint-Nicolas, au palais royal dans l'île de la Cité.  Par la suite, Louis IX acheta d'autres reliques de la Passion du Christ, notamment des fragments de la Vraie croix, la Sainte Éponge et le fer de la Sainte Lance.

Une châsse de lumière

Ces acquisitions ont pour objectif de faire mieux honorer Dieu en France et de placer le royaume sous la spéciale protection du Divin Maître. Pour ces reliques, cependant, Saint-Nicolas semble un écrin insuffisant. C'est pourquoi, afin de manifester ce désir d'un plus grand amour de Dieu, Louis IX ordonne-t-il en 1243 la construction d'une Sainte-Chapelle, en son palais royal, qui sera comme une immense châsse pour ces reliques insignes. La chapelle sera desservie par un chapitre de chanoines auquel le roi donne une dotation en terres lui garantissant l'autonomie suffisante pour se consacrer sans crainte à la prière. La chapelle est également dotée en vue de son entretien à venir.

Le bâtiment est un chef d'œuvre d'art gothique, avec sa nef dégagée de piliers et ses hautes ouvertures vitrées donnant toute sa place à la lumière. Les peintures murales colorent les lieux et surtout les vitraux constituent une illustration presque intégrale du récit biblique, et de l'histoire de ces reliques, pour l'édification des fidèles. La consécration des lieux, le 26 avril 1248, est aussi celle d'un programme politique, tout entier tourné vers la sanctification des peuples, par ce roi dont la mère disait qu'elle aurait préféré le savoir mort plutôt qu'en état de péché mortel. Peu de temps après, Louis IX partira pour la croisade, dont il fut l'un des derniers souverains européen à avoir su magnifier l'esprit.



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mercredi 29 avril 2026

Anselme, le “docteur magnifique” qui faisait rayonner l’abbaye du Bec

 




Avant de devenir évêque de Cantorbéry, en Angleterre, saint Anselme (1033-1109), que l'Église fête le 21 avril, était prieur à l’abbaye Notre-Dame du Bec, en Normandie. Docteur de l'Église, il contribua à faire du Bec une des plus prestigieuses écoles de son temps.

Normandie, 1085. Les bâtiments claustraux édifiés il y a quelques années à peine donnent une allure à la fois grandiose et priante à la jeune abbaye du Bec. En cette belle après-midi de juillet, le soleil illumine toute le domaine. Rolan s’empêche de plisser les yeux pour profiter de la vue alors que son chariot approche des lieux. Le jeune chroniqueur n’a qu’une hâte ; rencontrer l’abbé Anselme.

Venu rendre visite à un cousin moine, il espérait pouvoir enfin voir de plus près cette école d’où naissent tant d’hommes dévots et sages. De nombreux seigneurs de Normandie y envoient leurs fils. Ceux-ci suivent avec assiduité les enseignements du trivium et du quadrivium. Leurs matinées sont dédiées aux cours de grammaire, de rhétorique et de dialectique. Tandis que l’après-midi, les pensionnaires apprennent l’arithmétique, la géométrie, la musique et l’astronomie. Des enseignements dispensés dans le cadre d'une riche vie de prières.  

Une école de piété et de sagesse

Cette formation si dense révéler plusieurs évêques et même un pape. Des hommes de piété et de sagesse incomparables réclamés en Normandie, en France, outre Rhin, dans les Flandres et bien d'autre provinces encore. Trois hommes sont à l’origine de cette formation. D’abord le père Herluin, moine bénédictin et fondateur de l’abbaye. Ensuite, l’abbé Lanfranc, actuellement archevêque de Cantorbéry. Et enfin… Le chariot s’arrête alors et Rolan descend pour se trouver face à face avec le maître des lieux. 

- Soyez le bienvenu, salue chaleureusement l’abbé Anselme. 

- Merci de m’accueillir, balbutie Rolan, déconcerté par la simplicité du moine. C’est un honneur de vous rencontrer. 

Anselme n’est pas beaucoup plus grand que lui. C’est un homme barbu au visage fin et qui malgré des cernes porte un sourire radieux. Il propose à Rolan de le suivre pour découvrir les lieux. Mais le chroniqueur a du mal à se concentrer sur les mots de son hôte. Anselme d’Aoste, successeur de l'abbé Herluin, est celui qui a fait reconnaître au Bec l’importance de la littérature. On dit que c’est aussi grâce à lui que la musique est devenue un enseignement majeur.

- Mon père, demande Rolan. Tout le monde dit que votre enseignement est le meilleur de toute la Normandie. 

- Tout le monde ? répond l’abbé en riant. Vraiment ? 

- Eh bien, non… bafoue le chroniqueur en rougissant. Mais la plupart. 

- Et que disent ceux qui ne sont pas d’accord ?

En défense de la raison

Voilà Rolan bien mal à l’aise. Certes il connaît les rumeurs qui dépeignent l’abbé du Bec comme un hérétique parce qu’il fait lire à ses élèves des œuvres philosophiques datant d’avant le Christ. 

- Pardonnez-moi, dit l’abbé après un long silence. Je n’ai pas voulu vous mettre dans l’embarras. 

- Oh ce n’est rien. Mais pourquoi vos élèves lisent-ils de la littérature païenne ? 

L’abbé rit de nouveau avant de mener son invité au jardin. D’une main, il lui montre le potager et lui demande ce qu’il y voit. Désorienté, Rolan répond qu’il voit des légumes pousser.

- Depuis le début de la création, l’homme a dû faire usage de sa raison pour apprendre du monde autour de lui. Pour distinguer les bonnes plantes des mauvaises. La raison est une qualité qui ne contredit pas celle de la foi. Tous les hommes ne connaissent pas Dieu, mais ils peuvent le trouver par l’exercice de leur raison. 

Anselme lui parle alors longuement des philosophes grecs plus vieux que le Christ qui ont su trouver la vérité par la raison. Pour lui, la raison est aussi nécessaire que la foi pour comprendre et rapprocher les incroyants de Dieu. 

C’est une philosophie qu’il défend toute sa vie. En 1093, il succède à Lanfranc pour devenir archevêque de Cantorbéry. Là, il entame un combat pour défendre l’indépendance de l’Église face à la couronne d’Angleterre. 

Il s'éteint le 21 avril 1109, un mercredi saint. Alexandre VI le canonise en 1494 et il est déclaré docteur de l’Église par Clément XI en 1720. En plus d’un grand sage, saint Anselme est également connu pour son sens de la pédagogie. Chercheur de Dieu, il est volontiers surnommé "docteur magnifique".


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La Sainte-Chapelle, consacrée le 26 avril 1248

  © Javarman / Shutterstock Vue générale de la Sainte-Chapelle. L’histoire de la Sainte-Chapelle, consacrée le 26 avril 1248, est l’histoire...