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Né dans une modeste famille péruvienne, Antonio Arellano est devenu l’un des cordonniers les plus populaires à Rome et au Vatican. Proche de Benoît XVI, à qui il a fabriqué ses fameuses chaussures rouges, l’artisan a un nouveau client : le pape Léon XIV.
ll faut se perdre dans les petites ruelles qui quadrillent le Borgo, quartier tout proche du Vatican, pour tomber sur cette petite boutique. De prime abord, c’est un cordonnier comme on peut en trouver des dizaines à Rome. On entre, la clochette sonne, l’odeur boisée du cuir envahit les narines et un détail saute aux yeux : encadrées au-dessus du comptoir s’étalent d'innombrables photos de rencontres du patron, Antonio Arellano, avec les trois derniers papes. Dans son négoce où sont entreposés par dizaines des chaussures, ceintures et autres portefeuilles aux couleurs bigarrés, l’homme accueille tous les clients avec chaleur, un sourire aux lèvres. À 58 ans, celui qui possède le titre officieux de "cordonnier des papes" est parti de rien ou presque.
"Je suis arrivé en Italie en 1990 et j’ai ouvert cette boutique en 1998", explique ce natif de Trujillo, au Pérou. Sa région natale est réputée pour la qualité de ses artisans cordonniers. Il commence à travailler très tôt et fait preuve d’un talent hors-norme, et à 14 ans, il gagne déjà "le salaire d’un maître", d’après ses mots. Poussé par la crise économique qui frappe son pays, il décide de tenter sa chance à l’autre bout du monde, en Italie, où se trouve une importante communauté péruvienne. Sur son visage, le sourire laisse place à l’émotion lorsqu’il se rappelle ses premières années à Rome. "J’ai commencé ici, en réparant des chaussures dans cet atelier", explique-t-il en désignant l’arrière-boutique. Au-dessus de son épaule, on aperçoit les outils, les chutes de cuir et les paires en cours de fabrication éparpillées sous les regards bienveillants de tableaux de la Vierge Marie et de Padre Pio.
Ses souliers, faits à la main et sur mesure, acquièrent vite une bonne réputation sur la rive gauche du Tibre. La proximité du cœur battant de l’Église lui ouvre surtout les portes d’une clientèle un peu particulière… "Au début, ce sont les religieuses qui sont venues puis les prêtres, et ainsi de suite. On me disait : "C’est telle sœur qui m’envoie, c’est tel père qui m’a conseillé de venir’". Le bouche à oreille est son meilleur allié : très vite, ce sont même des évêques et des cardinaux qui se pressent dans sa petite boutique pour venir commander eux aussi leur paire d’Arellano.
Un client pas comme les autres
L’un de ces princes de l’Église marquera tout particulièrement le cordonnier péruvien : le cardinal Ratzinger. "C’était quelqu’un de très calme, très discret. Il venait et s’asseyait là", raconte-t-il, en désignant un fauteuil tapi dans un coin de la petite boutique. Il noue une vraie relation d’amitié avec le prélat allemand jusqu’à ce fameux 19 avril 2005. "Mon client était devenu pape !" Un joli coup de pub et une vraie joie pour le Péruvien qui ne tarde pas à rencontrer Benoît XVI et lui offre les fameuses chaussures rouges que le pape a si souvent portées. Aujourd’hui encore, il s’agit d’un des articles les plus populaires de sa collection.
Au cours de son pontificat, il fournira à plusieurs reprises des chaussures à Benoît XVI, rouges comme noires. Après sa renonciation, ils continueront à entretenir cette complicité, le pape n’oubliant pas de lui fêter son 50e anniversaire. Son visage se fait plus grave quand il évoque la mort du pape allemand. Très ému, il montre une photo du corps du pape exposé après son décès et pointe un détail : Benoît XVI portait une paire d’Arellano qu’il a donc emportée avec lui pour l’éternité. Un dernier témoignage d’amitié qui a particulièrement touché l’artisan péruvien.
L’histoire continue avec François et Léon XIV
Antonio Arellano reconnaît avoir été moins proche du pape François. Le pontife argentin portait des chaussures orthopédiques. "Il a été fidèle au cordonnier qui le suivait depuis 40 ans, c’est quelque chose que je respecte énormément", explique-t-il sans amertume. Le pape François lui a d’ailleurs aussi fait un cadeau en bénissant son alliance et celle de son épouse pour leurs 25 ans de mariage. Au-dessus de sa tête, des photos plus récentes montrent que son histoire avec les papes continue : lui et son fils, avec lequel il travaille désormais, ont été reçus par leur compatriote Léon XIV peu après son élection. "C’est un homme formidable, nous avons parlé espagnol et discuté du Pérou", raconte-t-il.
Mais plus important encore : le nouveau pape leur a commandé des chaussures. Fouillant sous son comptoir, l’homme sort une chemise cartonnée jaune. S’assurant que nous ne prendrions pas de photo, il en sort délicatement une feuille A4. Entre ses mains calleuses se trouvent les mesures des pieds du successeur de Pierre. Au stylo, le cordonnier y a griffonné quelques chiffres et pris le contour du pied du pape. "Je lui ai proposé différentes couleurs mais il a insisté pour qu’elles soient noires", indique le cordonnier. Vingt jours après cette rencontre, deux paires de chaussures sur mesure étaient livrées. Mission accomplie pour le cordonnier, qui tenait à s’assurer que le successeur de Pierre soit bien dans ses pompes.
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