lundi 2 février 2026

Le cordonnier des papes

 


         


Né dans une modeste famille péruvienne, Antonio Arellano est devenu l’un des cordonniers les plus populaires à Rome et au Vatican. Proche de Benoît XVI, à qui il a fabriqué ses fameuses chaussures rouges, l’artisan a un nouveau client : le pape Léon XIV.

ll faut se perdre dans les petites ruelles qui quadrillent le Borgo, quartier tout proche du Vatican, pour tomber sur cette petite boutique. De prime abord, c’est un cordonnier comme on peut en trouver des dizaines à Rome. On entre, la clochette sonne, l’odeur boisée du cuir envahit les narines et un détail saute aux yeux : encadrées au-dessus du comptoir s’étalent d'innombrables photos de rencontres du patron, Antonio Arellano, avec les trois derniers papes. Dans son négoce où sont entreposés par dizaines des chaussures, ceintures et autres portefeuilles aux couleurs bigarrés, l’homme accueille tous les clients avec chaleur, un sourire aux lèvres. À 58 ans, celui qui possède le titre officieux de "cordonnier des papes" est parti de rien ou presque.

"Je suis arrivé en Italie en 1990 et j’ai ouvert cette boutique en 1998", explique ce natif de Trujillo, au Pérou. Sa région natale est réputée pour la qualité de ses artisans cordonniers. Il commence à travailler très tôt et fait preuve d’un talent hors-norme, et à 14 ans, il gagne déjà "le salaire d’un maître", d’après ses mots. Poussé par la crise économique qui frappe son pays, il décide de tenter sa chance à l’autre bout du monde, en Italie, où se trouve une importante communauté péruvienne. Sur son visage, le sourire laisse place à l’émotion lorsqu’il se rappelle ses premières années à Rome. "J’ai commencé ici, en réparant des chaussures dans cet atelier", explique-t-il en désignant l’arrière-boutique. Au-dessus de son épaule, on aperçoit les outils, les chutes de cuir et les paires en cours de fabrication éparpillées sous les regards bienveillants de tableaux de la Vierge Marie et de Padre Pio.

Ses souliers, faits à la main et sur mesure, acquièrent vite une bonne réputation sur la rive gauche du Tibre. La proximité du cœur battant de l’Église lui ouvre surtout les portes d’une clientèle un peu particulière… "Au début, ce sont les religieuses qui sont venues puis les prêtres, et ainsi de suite. On me disait : "C’est telle sœur qui m’envoie, c’est tel père qui m’a conseillé de venir’". Le bouche à oreille est son meilleur allié : très vite, ce sont même des évêques et des cardinaux qui se pressent dans sa petite boutique pour venir commander eux aussi leur paire d’Arellano.

Un client pas comme les autres

L’un de ces princes de l’Église marquera tout particulièrement le cordonnier péruvien : le cardinal Ratzinger. "C’était quelqu’un de très calme, très discret. Il venait et s’asseyait là", raconte-t-il, en désignant un fauteuil tapi dans un coin de la petite boutique. Il noue une vraie relation d’amitié avec le prélat allemand jusqu’à ce fameux 19 avril 2005. "Mon client était devenu pape !" Un joli coup de pub et une vraie joie pour le Péruvien qui ne tarde pas à rencontrer Benoît XVI et lui offre les fameuses chaussures rouges que le pape a si souvent portées. Aujourd’hui encore, il s’agit d’un des articles les plus populaires de sa collection.

Au cours de son pontificat, il fournira à plusieurs reprises des chaussures à Benoît XVI, rouges comme noires. Après sa renonciation, ils continueront à entretenir cette complicité, le pape n’oubliant pas de lui fêter son 50e anniversaire. Son visage se fait plus grave quand il évoque la mort du pape allemand. Très ému, il montre une photo du corps du pape exposé après son décès et pointe un détail : Benoît XVI portait une paire d’Arellano qu’il a donc emportée avec lui pour l’éternité. Un dernier témoignage d’amitié qui a particulièrement touché l’artisan péruvien.

L’histoire continue avec François et Léon XIV

Antonio Arellano reconnaît avoir été moins proche du pape François. Le pontife argentin portait des chaussures orthopédiques. "Il a été fidèle au cordonnier qui le suivait depuis 40 ans, c’est quelque chose que je respecte énormément", explique-t-il sans amertume. Le pape François lui a d’ailleurs aussi fait un cadeau en bénissant son alliance et celle de son épouse pour leurs 25 ans de mariage. Au-dessus de sa tête, des photos plus récentes montrent que son histoire avec les papes continue : lui et son fils, avec lequel il travaille désormais, ont été reçus par leur compatriote Léon XIV peu après son élection. "C’est un homme formidable, nous avons parlé espagnol et discuté du Pérou", raconte-t-il.

Mais plus important encore : le nouveau pape leur a commandé des chaussures. Fouillant sous son comptoir, l’homme sort une chemise cartonnée jaune. S’assurant que nous ne prendrions pas de photo, il en sort délicatement une feuille A4. Entre ses mains calleuses se trouvent les mesures des pieds du successeur de Pierre. Au stylo, le cordonnier y a griffonné quelques chiffres et pris le contour du pied du pape. "Je lui ai proposé différentes couleurs mais il a insisté pour qu’elles soient noires", indique le cordonnier. Vingt jours après cette rencontre, deux paires de chaussures sur mesure étaient livrées. Mission accomplie pour le cordonnier, qui tenait à s’assurer que le successeur de Pierre soit bien dans ses pompes.




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dimanche 1 février 2026

Face aux défis de l’IA, le manifeste de Léon XIV pour un sursaut de l’humain.

 



L’Église catholique enrichit ses orientations et précise sa pensée sur la révolution de l’IA. Dans un dense message pour la 60e journée mondiale des communications sociales, paru le 24 janvier, fête de saint François de Sales, patron des journalistes, Léon XIV a évoqué l’immense défi anthropologique soulevé par les systèmes d’intelligence artificielle. Le Pape plaide pour une alphabétisation numérique d’ampleur afin d’y faire face sans voir se consumer la civilisation humaine sous nos yeux.

Préserver les voix et les visages humains. C’est en partant de l’identité incarnée de la personne humaine, caractéristique singulière et «sacrée», que Léon XIV a développé les enjeux anthropologiques sous-jacents à la révolution récente de l’IA, scrutée depuis plusieurs années au Vatican. Après de nombreuses prises de parole sur la technologie numérique, le Pape américain, diplômé en mathématiques et en philosophie, alerte dans ce texte sur le risque d’une modification radicale de certains des piliers fondamentaux de la civilisation humaine, en commençant par le niveau «le plus profond de la communication» qu'est celui de la relation entre les êtres humains. Car «nous ne sommes pas une espèce faite d'algorithmes biochimiques prédéfinis».

L’effondrement cognitif

Léon XIV cible d’abord le système de récompense émotionnelle intrinsèque aux réseaux sociaux alimentés par les algorithmes. Les expressions humaines qui nécessitent plus de temps, comme l'effort de compréhension et la réflexion, en sortent pénalisées. «En enfermant des groupes de personnes dans des bulles de consensus facile et d'indignation facile, ces algorithmes affaiblissent la capacité d'écoute et de pensée critique et augmentent la polarisation sociale», regrette le Pape, vilipendant de surcroît «la confiance naïve et acritique» dans l'intelligence artificielle, lorsqu’elle est considérée comme une «amie» omnisciente, dispensatrice de toutes les informations, archive de toutes les mémoires, «oracle» de tous les conseils. «Tout cela peut encore affaiblir notre capacité à penser de manière analytique et créative, à comprendre les significations, à distinguer la syntaxe de la sémantique», a-t-il ajouté.

“Ces algorithmes affaiblissent la capacité d'écoute et de pensée critique et augmentent la polarisation sociale.”

Créativité et génie humain, la grande régression


Ainsi, en dépit des nombreuses tâches d’assistance fournie par l’outil IA, se soustraire à l'effort de réflexion, «en se contentant d'une compilation statistique artificielle», risque bien à long terme d'éroder nos capacités cognitives, émotionnelles et communicatives. Léon XIV cite pour preuve le risque de démantèlement des industries créatives par une IA ayant pris le contrôle de la production de textes, de musique et de vidéos. L’homme devenant un simple consommateur passif «de pensées non réfléchies, de produits anonymes, sans paternité, sans amour»; tandis que les chefs-d'œuvre du génie humain dans le domaine de la musique, de l'art et de la littérature sont réduits «à un simple terrain d'entraînement pour les machines». Pour Léon XIV, renoncer au processus créatif et céder nos fonctions mentales et notre imagination aux machines revient aussi à enterrer les talents reçus afin de grandir en tant que personnes dans notre relation avec Dieu et les autres, revient «à cacher notre visage et à faire taire notre voix».

Créativité et génie humain, la grande régression


Ainsi, en dépit des nombreuses tâches d’assistance fournie par l’outil IA, se soustraire à l'effort de réflexion, «en se contentant d'une compilation statistique artificielle», risque bien à long terme d'éroder nos capacités cognitives, émotionnelles et communicatives. Léon XIV cite pour preuve le risque de démantèlement des industries créatives par une IA ayant pris le contrôle de la production de textes, de musique et de vidéos. L’homme devenant un simple consommateur passif «de pensées non réfléchies, de produits anonymes, sans paternité, sans amour»; tandis que les chefs-d'œuvre du génie humain dans le domaine de la musique, de l'art et de la littérature sont réduits «à un simple terrain d'entraînement pour les machines». Pour Léon XIV, renoncer au processus créatif et céder nos fonctions mentales et notre imagination aux machines revient aussi à enterrer les talents reçus afin de grandir en tant que personnes dans notre relation avec Dieu et les autres, revient «à cacher notre visage et à faire taire notre voix».

Être ou faire semblant: simulation des relations et de la réalité


Outre ce péril d’affadissement intellectuel, l’évêque de Rome met en garde contre les anthropomorphisations trompeuses des machines, autre terrain de vigilance. Léon XIV vise les «bots» (robots) et autres «influenceurs virtuels» particulièrement efficaces «dans la persuasion occulte», grâce à une optimisation continue de l'interaction personnalisée. «Cette anthropomorphisation, qui peut même être amusante, est en même temps trompeuse, surtout pour les personnes les plus vulnérables», souligne-t-il. «Les chatbots rendus excessivement ‘’affectueux’’, en plus d'être toujours présents et disponibles, peuvent devenir les architectes cachés de nos états émotionnels et ainsi envahir et occuper la sphère intime des

Un très illusoire monde de miroirs


Exploitant le besoin humain, la technologie peut aussi nuire au tissu social, culturel et politique des sociétés. Cela se produit lorsque nous remplaçons nos relations avec les autres par des relations avec des IA entraînées à cataloguer nos pensées et donc à construire autour de nous un monde de miroirs, où tout est fait «à notre image et à notre ressemblance», alerte Léon XIV, déplora


“Des IA entraînées construisent autour de nous un monde de miroirs, où tout est fait à notre image et à notre ressemblance.”


Un autre défi majeur posé par ces systèmes émergents est celui du biais (en anglais bias), qui conduit à acquérir et à transmettre une perception altérée de la réalité. Les modèles d'IA façonnés par la vision du monde de ceux qui les construisent peuvent à leur tour imposer des modes de pensée en reproduisant les stéréotypes et les préjugés présents dans les données qu'ils exploitent. «Le manque de transparence dans la conception des algorithmes, associé à une représentation sociale inadéquate des données, tend à nous piéger dans des réseaux qui manipulent nos pensées et perpétuent et aggravent les inégalités et les injustices sociales existantes», détaille le Pape, pointant un pouvoir de simulation tel, qu’il puisse fabriquer «des réalités parallèles» en s’appropriant nos visages et nos voix. «Une multidimensionnalité» où il devient de plus en plus difficile de distinguer la réalité de la fiction.

À cela s'ajoute le problème du manque de précision. «L'absence de vérification des sources, associée à la crise du journalisme de terrain qui implique un travail continu de collecte et de vérification des informations sur les lieux où les événements se produisent, peut favoriser un terrain encore plus fertile pour la désinformation, provoquant un sentiment croissant de méfiance, de désorientation et d'insécurité», a soulevé Léon XIV, par ailleurs préoccupé par «le contrôle oligopolistique» des systèmes algorithmiques et d'intelligence artificielle.

Transparence et responsabilité sociale du secteur de l’IA


En étant conscients du caractère ambivalent de l’innovation numérique, le Pape appelle à ne pas la freiner mais à la guider selon trois piliers: la responsabilité, la coopération et l'éducation. Pour ceux qui sont à la tête des plateformes en ligne, cela signifie faire preuve de transparence et de responsabilité sociale en ce qui concerne les principes de conception et les systèmes de modération qui sous-tendent leurs algorithmes et les modèles développés, afin de favoriser un consentement éclairé de la part des utilisateurs.

La même responsabilité incombe aux législateurs nationaux et aux régulateurs supranationaux, aux entreprises des médias et de la communication. Léon XIV plaide ainsi pour que les contenus générés ou manipulés par l'IA soient signalés et distingués des contenus créés par des personnes. «La paternité et la propriété souveraine du travail des journalistes et des autres créateurs de contenu doivent être protégées». Et le Pape américain de rappeler que l'information est un bien public: «Un service public constructif et significatif» repose sur «la transparence des sources, l'inclusion des parties prenantes et un niveau de qualité élevé».

Alphabétiser à l’IA


Toutes les parties prenantes –de l'industrie technologique aux législateurs, des entreprises créatives au monde universitaire, des artistes aux journalistes, en passant par les éducateurs– doivent donc être impliquées dans la construction et la mise en œuvre d'une citoyenneté numérique consciente et responsable. C'est l'objectif de l'éducation et pour cette raison le Successeur de Pierre plaide pour l’alphabétisation médiatique et dans le domaine de l’IA à tous les niveaux.

Alors que certaines institutions civiles encouragent déjà cette prise de conscience, Léon XIV interpelle les catholiques sur leur contribution afin que les personnes –en particulier les jeunes– acquièrent la capacité de penser de manière critique et grandissent dans la liberté de l'esprit, mais aussi les personnes âgées et les membres marginalisés de la société.

Protéger son visage et sa voix


Concrètement, il s’agit d’éduquer à utiliser l'IA de manière intentionnelle, et dans ce contexte, de protéger son image (photos et audio), son visage et sa voix, pour éviter fraude numérique, cyberharcèlement, deepfakes, souligne-t-il, livrant les pistes d’approfondissement suivantes: comprendre comment les algorithmes modèlent notre perception de la réalité, comment fonctionnent les préjugés de l'IA, quels sont les mécanismes qui déterminent l'apparition de certains contenus dans nos flux d'informations, quels sont et comment peuvent changer les hypothèses et les modèles économiques de l'économie de l'IA.

«Tout comme la révolution industrielle exigeait une alphabétisation de base pour permettre aux gens de réagir à la nouveauté, la révolution numérique exige également une alphabétisation numérique», assure Léon XIV. Sans oublier son essentiel corollaire, la formation humaniste et culturelle.

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samedi 31 janvier 2026

Léon XIV rejoint la galerie des Papes dans la Basilique Saint-Paul-hors-les-Murs

 



À la veille de la célébration des secondes vêpres de la solennité de la Conversion de saint Paul, le samedi 24 janvier 2026, la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs a dévoilé le portrait en mosaïque de Léon XIV. Ce médaillon s’inscrit dans la série consacrée à tous les Pontifes, de Pierre à nos jours. Vatican News retrace la genèse de cette œuvre, fruit d’une remarquable synergie entre l’Atelier de mosaïque du Vatican et le peintre Rodolfo Papa. 

De petites tesselles, de formes et de couleurs variées, juxtaposées pour former un ensemble : la métaphore de la mosaïque exprime bien le contexte du travail ayant conduit à la réalisation du portrait du Pape Léon XIV, récemment installé le long de la nef gauche de Saint-Paul-hors-les-Murs. Le médaillon est le dernier, par ordre chronologique, à prendre place dans les clipei, des cadres circulaires, destinés à accueillir les effigies de tous les Papes, de Pierre jusqu’à aujourd’hui. Et l’œuvre elle-même est le fruit de «compétences professionnelles diverses». Après chaque Conclave, une équipe doit livrer, dans des délais très courts, l’image du nouvel évêque de Rome à la chrétienté et à l’histoire.

Une tradition inaugurée au Ve siècle par Léon le Grand


La tradition des portraits dans la basilique qui conserve les reliques de l’Apôtre des nations remonte au Ve siècle, à l’époque du Pape Léon le Grand. Sous son pontificat commença l’ancienne série, à l’origine peinte et attestée par le Codex Vatican Latin 4407, en grande partie détruite lors de l'incendie de 1823. Seuls quarante-et-un de ces portraits furent sauvés et sont aujourd’hui conservés dans le cloître de l’abbaye de Saint-Paul-hors-les-Murs.

Après l’incendie, la reconstruction en mosaïque voulue par Pie IX


Le lancement de la nouvelle décoration, destinée à rétablir l’ancienne, fut décidé en 1847 par Pie IX, qui confia à l’Atelier de mosaïque du Vatican, relevant de la Vénérable Fabrique de Saint-Pierre, la mission de refaire tous les portraits des Papes. «Pie IX, explique Paolo Di Buono, directeur de l’Atelier, institua une commission de peintres chargés de réaliser des cartons peints, ensuite transposés en mosaïque». Entre mai et octobre de la même année furent réalisés les premiers 262 tableaux. Les peintures à l’huile, achevées dans les années 1840 et conservées aujourd’hui dans les dépôts de la Fabrique, furent ensuite traduites en grands médaillons d’un diamètre de 137 cm, destinés à être contemplés à 13 mètres du sol. Le travail se prolongea jusqu’en 1876.



Dans l’atelier du peintre: l’huile avant la mosaïque

Allier rapidité d’exécution, précision minutieuse et art monumental demeure aujourd’hui encore un défi. Commandé en juin dernier, le portrait en mosaïque de Léon XIV a été achevé à la mi-janvier. La peinture à l’huile, réalisée aux mêmes dimensions que la mosaïque, a été exécutée en quelques semaines, en juillet, par le peintre Rodolfo Papa, après une étude attentive des anciens portraits conservés par la Fabrique de Saint-Pierre. C’est le Pontife lui-même qui a choisi le modèle parmi quatre esquisses présentées. Le maître les montre avec émotion dans son atelier romain, où il peint et préside l’Académie urbaine des arts, fondée en 2006 pour former de nouvelles générations de peintres.

Un travail d’équipe : 15 000 tesseles en trois mois


Le peintre confie ne pas s’être attendu à une commande d’une telle importance, évoquant l’attention portée à la cohérence avec l’ensemble des portraits, aux cadrages et aux proportions: «la toile mesure 137 cm, un format grand, qui peut être mal géré, d’autant qu’il s’agit d’un portrait officiel devant ensuite être traduit en mosaïque. Pour faciliter le travail des mosaïstes, il lui est arrivé de peindre jusqu’à quatorze heures d’affilée».

La satisfaction est grande à la vue du résultat: «Les mosaïstes ont accompli un travail remarquable, stupéfiant pour traduire ma peinture: ombres, tridimensionnalité, lumières… tout est rendu de manière splendide.» Le peintre garde en mémoire la journée du 14 janvier, lorsque l’œuvre achevée fut présentée au Pape Léon XIV: le Saint-Père, rapporte-t-il, «en a été très heureux», dans une rencontre à la fois émouvante et chaleureuse.

Pour l’Atelier de la mosaïque du Vatican, l’effort fut lui aussi considérable: en trois mois, à un rythme très soutenu, depuis fin octobre, environ 15 000 tesselles ont été assemblées pour composer le portrait. Paolo Di Buono précise qu’il a fallu environ 150 journées de travail, réparties entre trois personnes œuvrant simultanément: «l’une pour le visage, partie la plus complexe ; une autre pour le drapé ; une troisième pour l’amict, vêtement liturgique porté par le Pape. Pour le fond d’or, presque tous ont contribué». Il évoque également l’équipe composée de 11 mosaïstes et 3 stagiaires, photographiée le jour où Léon XIV visita à l’improviste l’atelier.

Techniques anciennes, verre, or: la matière d’un portrait


Les tesselles ont été réalisées selon l’ancienne technique romaine de la mosaïque taillée et selon celle de la mosaïque au fil. Les premières, d’environ 1x2 cm, sont obtenues en sectionnant à la marteline une plaque d’émail composée de verre, d’oxydes métalliques et d’autres substances produisant la couleur. Les détails les plus fins, comme les cheveux, sont réalisés avec la technique de la mosaïque filé: de minuscules tesselles issues de très fines baguettes d’émail fabriquées à très haute température dans le four de l’atelier du Vatican, puis coupées à l’aide d’une lime à base de poudre de diamant.
Autre catégorie encore: les tesselles dorées du fond, produites selon d’anciennes méthodes médiévales, très brillantes grâce à leur structure «en sandwich»: une feuille d’or extrêmement fine prise entre deux couches de verre.

Un disque de 130 kilos, une œuvre pensée pour durer


Le médaillon apparaît ainsi comme une grande plaque de verre. À ce poids s’ajoute celui du plateau métallique sur lequel les tesselles sont appliquées au moyen d’un mastic à base d’huile de lin, à durcissement lent. L’ensemble du disque pèse environ 130 kilos, rendant la mise en place, levage par un système de poulies puis fixation au mur, particulièrement délicate. Avant de quitter le Vatican pour être chargé dans le véhicule à destination de la Basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs, trois orifices ont été pratiqués afin d’insérer d'énormes chevilles ou goupilles métalliques. Elles assurent un ancrage sûr et permettent, si nécessaire, de retirer l’œuvre. Cela n’arrive presque jamais: même l’ajout d’auréoles, en cas de canonisation d’un Pontife, se fait sur la mosaïque déjà installée. La Fabrique de Saint-Pierre elle-même ressemble à une mosaïque, où des générations d’artisans se succèdent, et où le présent s’inscrit dans une histoire bimillénaire.




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mardi 27 janvier 2026

Vatican: «Que les droits des employés ne soient jamais bafoués»

 





                                           AFP


Mgr Marco Sprizzi explique en détail l'action du Bureau du travail du Siège apostolique, dont il est le président. Il commente également le récent sondage mené par l'Association des employés laïcs du Vatican, qui fait état de mécontentement et de comportements inapproprié: «Je ne pense pas que le mécontentement soit généralisé. Les portes du Bureau sont toujours ouvertes, le Saint-Siège ne peut tolérer en son sein des situations d'iniquité ou d'injustice», affirme-t-il.

Dialogue, écoute, collaboration, plutôt que conflit, compétition et revendication. Telles sont les pistes suivies par l'ULSA, le Bureau du travail du Siège apostolique, dans ses relations avec les employés du Vatican et les autres organismes et dicastères du Saint-Siège. Un bureau aux «portes toujours ouvertes», comme l'affirme son président, Mgr Marco Sprizzi. Il commente et apporte des éclaircissements sur le récent sondage de l'ADLV (Association des employés laïcs du Vatican) dans lequel environ 250 des plus de 6 000 employés - y compris les retraités - dénoncent des situations de malaise, d'injustice et de méfiance au sein de la communauté de travail du Vatican.

En décembre dernier, le Pape a approuvé les nouveaux statuts de l'ULSA, dans lesquels on peut lire l'attention particulière que le Souverain Pontife porte au monde du travail. Que signifient ces nouveaux statuts pour ceux qui travaillent aujourd'hui au Vatican et quels changements ont-ils apportés jusqu'à présent?


C'est sans aucun doute un signe de la grande attention que porte le Saint-Père à l'application de la doctrine sociale de l'Église au sein du Saint-Siège et à l'égard de tous les employés de la Curie romaine, des organismes connexes, du Gouvernorat du Vatican et du Vicariat de Rome. Les changements apportés sont importants, je ne les énumérerai pas tous, mais je tiens à souligner que la représentativité et la mission d'unité et de promotion du Bureau du travail ont été encore renforcées, conformément à la vision de Jean-Paul II et des Papes qui lui ont succédé. L'unité signifie ramer tous dans la même direction, nous sentir coresponsables et participants à la mission du Saint-Siège, ce qui ne signifie en aucun cas diminuer la protection des travailleurs, mais la promouvoir et la poursuivre dans un esprit de dialogue et de confiance mutuelle.

Un récent sondage mené par l'ADLV révèle un climat d'insatisfaction et des signalements de comportements inappropriés sur les lieux de travail du Vatican. Comment commentez-vous cela?



J'ai moi aussi pris connaissance du sondage. Techniquement, il s'agit d'un sondage réalisé sur un échantillon très restreint, puisqu'il concerne moins de 5 % des employés. Quoi qu'il en soit, nous prenons au sérieux toutes les voix, même celle d'un seul employé qui se plaint d'un manque d'attention, d'un manque de dialogue, d'un manque de respect des règles. Les portes du Bureau du travail sont toujours ouvertes, car nous sommes, comme l'a dit Jean-Paul II, une structure de dialogue et donc à l'écoute de tous. Nous travaillons pour qu'il n'y ait pas de situations dans lesquelles les droits des employés soient bafoués ou violés de quelque manière que ce soit, et en même temps, nous nous engageons beaucoup dans la formation afin de promouvoir la prise de conscience de la participation à la mission unique et l'amélioration des compétences. Nous considérons donc cette enquête avec sérieux et respect. Avec l'ADLV, nous avons - comme ils le disent eux-mêmes - des dialogues constructifs et fréquents et nous prenons toutes les signalements au sérieux.

Notre tâche consiste à les approfondir et à les examiner à la lumière du droit et de la doctrine sociale de l'Église, puis à les intégrer dans le dialogue avec les administrations concernées, notamment par la création de tables rondes techniques et de commissions ad hoc, afin de trouver des solutions dans l'intérêt de tous: des employés, mais aussi du Saint-Siège, qui ne peut accepter des situations d'iniquité ou d'injustice en son sein. C'est pourquoi nous accueillons ces résultats et souhaitons les vérifier au niveau des cas concrets individuels et de l'amélioration de la réglementation. Nous prenons au sérieux cette mission qui interpelle notre conscience de chrétiens et de prêtres. L'ADLV en est bien consciente.

71 % des personnes interrogées ont indiqué l'ADLV comme interlocuteur en cas de problèmes au travail, contre 10 % qui s'adresseraient à l'ULSA. Est-ce une donnée réelle?


Nous traitons quotidiennement des dizaines de cas, les employés s'adressent constamment à nous, tout comme les administrations. Dieu merci, nous ne manquons pas de travail. Je lis dans la déclaration de l'Association qu'environ 80 % des personnes ayant répondu à l'enquête sont inscrites à l'ADLV, alors que seulement 71 % d'entre elles s'adresseraient à l'ADLV elle-même. En réalité, même tous les membres ne s'adresseraient pas en premier lieu à leur association... Mais nous ne nous plaçons pas dans une perspective de concurrence, l'ADLV joue un rôle important et constructif et nous l'encourageons, le promouvons et remercions l'Association pour ce qu'elle fait. Nous continuerons à accueillir et à soutenir toutes les demandes, requêtes et sollicitations, à la lumière des normes et de la doctrine sociale, si elles sont jugées appropriées et répondent aux exigences de justice.

J'aimerais ajouter que les responsables des dicastères, les responsables du Gouvernorat et tous ceux à qui nous présentons ces demandes sont sensibles et ouverts au dialogue. Nous avons également organisé des tables rondes techniques réunissant les dirigeants des dicastères concernés et les représentants de l'ADLV ici, à notre siège, avec notre médiation. Et nous continuerons sur cette voie du dialogue et de la recherche commune de solutions possibles et justes.

Il faut continuer sur cette voie. La voie de l'opposition et du conflit est exclue de la vision des Papes et de l'approche missionnaire du Saint-Siège. Ceux qui travaillent au Saint-Siège épousent une mission: il n'y a pas de place pour le conflit, mais nous sommes comme un orchestre dans lequel chaque instrument doit jouer selon ses spécificités. La voix des employés peut et doit contribuer à la composition d'une musique, d'une harmonie, dans laquelle leurs demandes trouvent une écoute respectueuse et une réponse. Telle est notre mission quotidienne. Même si les modalités sont parfois différentes, je constate que tout le monde s'efforce d'apporter des réponses. Il est également vrai que ceux qui contrôlent les comptes et vérifient les exigences de viabilité économique donnent parfois des réponses qui peuvent ralentir la recherche de solutions. Cela fait partie des règles du jeu que ceux qui surveillent les comptes posent parfois des «limites». Cela ne doit toutefois pas nous bloquer, mais nous inciter à trouver des solutions créatives, y compris pour la recherche de fonds.

D'où vient alors le mécontentement dont il est question dans le sondage?


D'après l'expérience acquise lors de nombreuses rencontres avec les employés, je ne pense pas qu'il s'agisse d'un mécontentement généralisé. Je pense que le sentiment le plus répandu est plutôt positif. N'oublions pas que lorsque la pandémie de Covid-19 a éclaté, beaucoup ont perdu leur emploi dans le monde entier et en Italie, tant dans le secteur public que privé, mais au Saint-Siège, même si l'on a dû puiser dans les réserves, personne n'a été licencié et personne n'a vu son salaire diminuer. Les employés le savent et sont reconnaissants avant tout au Pape François qui s'est engagé à faire en sorte que la pandémie, qui a fortement réduit les ressources économiques du Saint-Siège, ne retombe pas sur eux.

Mais il y a aussi beaucoup d'autres petites choses au quotidien: la crèche, le centre aéré, la réouverture de l'Annona, les récentes rescrits de Léon XIV sur l'accessibilité réelle des personnes handicapées dans la communauté de travail, l'attention portée aux retraites (même si les ressources ne sont parfois pas très abondantes), le renforcement du système de santé pratiquement gratuit. Bref, autant de raisons qui poussent beaucoup de gens à vouloir travailler au Vatican, car ils ont le sentiment d'y être bien traités.

Je ne pense donc pas qu'il y ait un mécontentement général, mais nous constatons qu'il y a des choses qui doivent absolument être prises en compte et améliorées, par exemple l'adaptation des niveaux de rémunération aux tâches effectuées. Dans certains cas, en raison de situations antérieures, du gel des ressources ou de la volonté de ne licencier personne, les ajustements nécessaires n'ont pas été effectués. Nous y travaillons afin de rendre justice à ceux qui y ont droit.

Il est également fait mention du harcèlement moral...


Personnellement, je n'ai connaissance d'aucun cas de harcèlement moral. Il existe certainement des formes de protection prévues par la loi pour dénoncer et recourir contre des mesures portant atteinte aux droits. S'il y a des cas de harcèlement moral ou d'abus, ils doivent certainement être signalés, car les exigences de la justice morale dans le monde du travail sont prioritaires depuis la Rerum Novarum de Léon XIII. Cependant, les rumeurs sont une chose et la vérification de la vérité en est une autre. Il est certain que s'il y avait des cas d'abus, même inférieurs au harcèlement moral proprement dit, le Saint-Père serait le premier à intervenir, car cela ne peut et ne doit pas se produire.

Le même sondage met toutefois en évidence certains signes positifs, tels que l'ouverture d'un dialogue commun...


C'est ce que je mentionnais tout à l'heure. Les Papes nous encouragent à promouvoir l'esprit de communauté, d'unité, l'esprit que nous appellerions aujourd'hui «synodalité» au sein de l'Église tout entière et en particulier du Siège apostolique. Nous nous engageons, dans la mesure du possible, à renforcer toujours plus le dialogue avec les employés, individuels et associés, et avec tous les organismes qui utilisent des ressources, et à servir de pont afin que ce dialogue entre les travailleurs et les administrations soit toujours plus constructif, serein, inspiré par l'Évangile et le magistère social de l'Église, dans un esprit de communion ecclésiale et dans le respect des droits des travailleurs.



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Le cordonnier des papes

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