mardi 11 août 2026

Saint Éphrem le Syrien, « la harpe du...............



EPHREM

Surnommé "la harpe du Saint-Esprit", le théologien-poète saint Éphrem le Syrien reste une figure emblématique pour l'Église latine comme pour les Églises orientales.

Saint Éphrem le Syrien (306-373) de Nisibe, une ville du sud-est de la Turquie, est un des grands théologiens des premiers siècles du christianisme. Il fut diacre et le resta par amour du service et par humilité. Surnommé "la harpe du Saint-Esprit", en raison de la beauté de ses poèmes composés en syriaque, il composait des hymnes pour instruire les chrétiens qui ne savaient pas lire et pour entretenir leur foi. Il est à l’origine de la pratique du chant liturgique, expression de la prière de l’assemblée pendant la messe. Et auteur d’un nombre considérable d’ouvrages, rédigés en langue syriaque puis traduits en plusieurs langues, qui lui ont valu le titre de docteur de l’Église, proclamé par le pape Benoît XVI, en 1920.

De Nisibe à Edesse

Éphrem s’est converti au christianisme à l’âge de 18 ans. Lancé dans la prédication et l’enseignement de la doctrine sacrée par l’évêque local qui l’avait pris sous son aile, il mit très vite à profit ses talents de poète et musicien en composant des hymnes et commentaires bibliques qui gagnèrent les cœurs et les esprits du peuple. Puis il y a eu l'invasion perse et, en 363, lui et son école théologique tout juste fondée sont partis s’installer à Edesse dans l'Empire romain. Se heurtant à un grand nombre de philosophies et de religions rivales qui se proclamaient chacune comme la vraie Église. La confusion était grande, mais, Ephrem le théologien poète a eu l’idée d’écrire d’autres hymnes qui séduisent les chrétiens. Il les a adaptés aux mélodies populaires syriaques. Le succès fut immédiat, de même que pour toutes les homélies et les commentaires bibliques qu’il rédigeait en même temps.

L’art de saint Éphrem est d’avoir réussi à "concilier d'une manière unique la vocation du théologien et celle du poète", explique Benoît XVI, dans une catéchèse qu’il lui a consacrée tout spécialement en 2007. Entre ses œuvres polémiques, ses commentaires bibliques, ses œuvres en prose poétique, ses homélies en vers, et enfin ses hymnes — son œuvre probablement la plus vaste — ce docteur de l’Église est aux yeux du Saint-Père "le plus grand poète de l'époque patristique" qui a su approfondir la réflexion théologique, en se servant de paradoxes et d’images. Et en grand compositeur et musicien qu’il était, sa théologie est devenue liturgie et musique. Chez lui, théologie, réflexion sur la foi, poésie, chant, louange de Dieu. "Tout cela va de pair", relève Benoît XVI. Et si Éphrem suit "le chemin du paradoxe et du symbole", c’est pour mieux "souligner le mystère de Dieu". Tout comme il se sert de ses hymnes pour diffuser la doctrine de l’Église, à l'occasion des fêtes liturgiques. Et, au fil du temps, ceux-ci deviennent un moyen de catéchèse extrêmement efficace pour la communauté chrétienne.

Un serviteur toute sa vie

Quant au fait qu’Éphrem n’ait jamais voulu aller jusqu’au sacerdoce, mais rester diacre toute sa vie, Benoît XVI y voit "un choix emblématique", révélateur de son désir de "servir, dans les offices liturgiques comme dans l'amour du Christ qu'il chantait... mais aussi dans la charité envers les frères qu'il ouvrait avec grande maîtrise à la connaissance de la Révélation". Éphrem menait en effet, au sein du monde, une vie marquée par l'ascétisme, la contemplation et la charité. C'est d'ailleurs en se dévouant auprès de pestiférés, lors d'une épidémie, qu'il contracta la maladie et en mourut en l'an 373.

Saint Éphrem est également connu pour être le premier chantre de Marie, et pour être resté l’un des plus grands. On lui reconnait un recours humble, douloureux, tendre et confiant à Marie, que nul autre n’aura avant longtemps. Aujourd’hui encore résonnent ses paroles : "Le jour où Marie accepta la volonté de Dieu, elle est devenue le ciel qui porte Dieu. En elle, se sont établies toutes les paroles des prophètes et des justes. Elle est le cep de vigne qui a porté la grappe".


aleteia

lundi 10 août 2026

Le Cellarium, nouveau pari viticole des moines du Barroux



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Crédit : Via Caritatis

Construction du Cellarium du Barroux dont les portes doivent ouvrir en janvier 2027.

 Les moines bénédictins de l'abbaye du Barroux lancent un projet hors du commun : le Cellarium. Un lieu de découverte du patrimoine viticole, de dégustation et de mémoire, qui ouvrira ses portes en janvier 2027 au cœur du Ventoux.

Dieu n'avait fait que l'eau, mais l'Homme a fait le vin", a dit un jour Victor Hugo. L'Homme, et plus encore les moines. Et si l'on veut être franchement chauvin — poussons le bouchon — les moines de France. Car c'est bien à eux que l'on doit l'essentiel de ce que la France appelle aujourd'hui ses grands terroirs. De la Bourgogne au Languedoc, de Châteauneuf-du-Pape aux coteaux provençaux, chaque grande appellation française porte en elle l'empreinte d'une abbaye, d'un cellérier, d'une communauté de moines qui ont taillé, greffé, observé, patienté. La vigne apparaît plus de 400 fois dans la Bible — symbole de l'amour de Dieu pour son peuple — et les moines se sont attachés à la cultiver avec une ferveur à la fois spirituelle et terrienne.

Aujourd'hui, cet héritage est en danger. Et c'est depuis le pied du mont Ventoux qu'une abbaye bénédictine a décidé de le défendre. Les moines de l'abbaye du Barroux lancent leur Cellarium, un nouveau lieu consacré à la transmission de la culture du vin et de l'héritage des grands vignobles monastiques. Cet espace de 400m2, conçu comme un musée et un espace de découverte de la viticulture, doit ouvrir ses portes en janvier 2027.

Depuis les années 1960, la consommation individuelle de vin des Français a chuté de plus de 60% — de 120 litres par habitant à moins de 40 litres aujourd'hui. En 2024, la consommation mondiale a atteint son plus bas niveau depuis 1961. En réponse, l'État a ouvert un plan d'arrachage subventionné : 28.000 hectares de vignes ont déjà fait l'objet de demandes, dont plus d'un tiers avec cessation totale d'activité. Certains experts évoquent jusqu'à 100.000 hectares menacés à terme. Derrière les chiffres, des familles entières qui voient leur métier, leur terre et leur histoire disparaître.

"La viticulture française traverse une crise profonde. À travers cette initiative, l'objectif est de montrer que le vin n'est pas un simple produit de consommation — c'est un héritage vivant, façonné par des siècles de travail monastique et paysan", explique à Aleteia Gabriel Teissier, directeur de Via Caritatis. Cette association unit depuis 2015 les moines et moniales de l'abbaye du Barroux à une soixantaine de familles de vignerons du Haut-Ventoux. Ensemble, ils défendent un patrimoine viticole et paysager que la crise menace d'effacer. Aujourd'hui, plus de 60 familles vivent directement de cette initiative.

Un parcours muséal pour plonger dans l'histoire

Le nom n'est pas choisi au hasard. Cellarium est le mot latin pour cellier — la pièce centrale des monastères médiévaux où l'on conservait le bon vin. Dans les abbayes, le cellérier était le moine responsable des affaires matérielles, gardien de ces précieuses réserves. Le Cellarium sera bien plus qu'un simple caveau de vente. Sur 400 m² — bâtiment semi-enterré construit de toutes pièces, juste avant l'abbaye du Barroux — il réunira un espace muséal, des salles de dégustation et un caveau. Un deuxième niveau accueillera les bureaux de Via Caritatis ainsi qu'une partie dédiée à l'hôtellerie du Barroux. Un chantier à 4 millions d'euros, porté par l'abbaye elle-même.

Le visiteur du Cellarium sera invité à traverser plusieurs siècles d'histoire. Le parcours muséal s'articulera autour de plusieurs espaces : l'histoire des vignobles monastiques et la signification de la vigne dans la Bible, la vie de saint Benoît et la règle bénédictine, puis le lien des monastères avec le monde paysan — ces communautés qui, dans des environnements hostiles, ont créé des économies entières, avec des villages qui s'implantaient à leur ombre. "On disait au Moyen Âge : "Il fait bon de vivre sous la crosse des abbayes. Le lien entre les communautés monastiques et le patrimoine viticole français est profond et doit être mieux connu", poursuit Gabriel Teissier.

Après une levée de fonds via Credo Funding, les murs du premier étage sont montés ; le second étage est en cours. Pour financer l'aménagement intérieur, Via Caritatis a lancé mi-mai 2026 une campagne nationale de vente de 5.000 cartons de vin. Deux mois après son lancement, 20% de l'objectif est déjà atteint. Bouteille après bouteille, les moines du Barroux construisent bien plus que des murs : ils bâtissent un lieu de transmission pour les générations à venir.


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vendredi 7 août 2026

Pourquoi saint Charbel est-il représenté les yeux fermés ?

SAINT-CHARBEL.jpg

Crédit : Godong

Images de saint Charbel

<em>Saint Charbel, fêté le 24 juillet, obéissait à la règle de l’ermitage maronite selon laquelle les moines ermites recevaient leurs visiteurs dans une attitude d’humble serviteur. Ses yeux fermés évoquent aussi le fait que son regard était tourné non pas vers ce monde mais vers Dieu.</em>

Fêté le 24 juillet, saint Charbel est toujours représenté, dans l’iconographie traditionnelle, les yeux fermés. Le visage encadré d’une barbe blanche et d’un capuchon noir, auréolé de la lumière de la sainteté, il a effectivement les yeux fermés, comme s’il était en train de prier. "Saint Charbel était un moine ermite, or l’ermite maronite ne regarde pas le fidèle qui vient le visiter, il est son serviteur", explique à Aleteia Mgr Samer Nassif, chorévêque du diocèse de Sidon au Liban. Il obéit en cela à la règle de l’ermitage maronite selon laquelle les moines ermites recevaient leurs visiteurs dans une attitude d’humble serviteur.

Ermite et humble serviteur

Depuis saint Maron, et comme l’a perpétué la tradition, les ermites, dans le monachisme oriental maronite, ne vivent pas coupés du monde : les matinées sont réservées à la messe et à la prière, mais les après-midi sont ponctuées par les visites des fidèles, qui viennent solliciter un conseil, une bénédiction ou une parole de vie. "Le moine maronite est comme un serviteur, il demande à ses visiteurs : "Qu’est-ce que je peux faire pour toi ?" C’est une des particularités du monachisme oriental maronite, et cette forme de vie monastique a contribué à répandre la chrétienté au Moyen-Orient", souligne le chorévêque maronite.

L’ermite maronite ne vit pas non plus coupé des souffrances du monde, bien au contraire. Charbel Makhlouf n’ignore pas, à cette époque, les violentes persécutions à l’encontre des chrétiens maronites au Mont-Liban. Il a 32 ans lors du massacre des maronites en 1860. "Saint Charbel est dans le monde, dans la mesure où il souffre avec son peuple et prie pour lui, mais il n’est pas de ce monde", assure Mgr Samer Nassif. "Il a les yeux fermés car il est tourné vers Dieu, il appartient au Ciel." Ses yeux fermés évoquent son détachement du monde. "Il a renoncé à la richesse et à la gloire de ce monde pour suivre Dieu, il ne voulait même aucun pouvoir dans sa communauté. En entrant au monastère, il ne cherchait que "la gloire de Dieu" et "le salut de [son] âme"".

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jeudi 6 août 2026

Saint Bonaventure, un théologien à genoux

 

Painting of St. Bonaventure

Saint Bonaventure.

Dominicain du couvent de Bordeaux, le frère Jean-Thomas de Beauregard commente l’évangile de la fête de saint Bonaventure. À l’exemple de la foi des tout-petits, Bonaventure pense qu’il ne peut pas y avoir de connaissance de Dieu sans prière et sans amour.

Faire mémoire de saint Bonaventure en cette Année saint François d’Assise instituée par le pape Léon XIV, pourrait presque sonner comme une provocation. Aux yeux des franciscains spirituels, parce qu’il fut ministre général de l’Ordre des frères mineurs et qu’il y combattit la tendance joachimite qui risquait d’enfoncer les franciscains dans l’hérésie, Bonaventure est l’incarnation du traître, le symbole de l’écrasement du charisme originel par l’institution. Cette légende noire a d’ailleurs été reprise en 2002 par l’historien médiéviste Jacques Dalarun, qui par un jeu de mots cruel intitula l’un de ses livres La Malaventure de François d’Assise.

Doux et humble de cœur

C’est très injuste, tant Bonaventure s’est voulu fidèle à François d’Assise. Il y a même chez lui un certain chauvinisme franciscain. Un peu à la manière dont Thomas d’Aquin n’hésite pas à dire que la vie dominicaine est un décalque exact du mode de vie du Christ, Bonaventure n’hésite pas, pour commenter l’Évangile (lue le lendemain de sa fête !), où Jésus recommande d’être doux et humble de cœur (Mt 11, 28-30), à affirmer : "L’homme est doux par le sentiment de fraternité ; il est humble par le sentiment de petitesse ou de minorité. Donc être doux, c’est se faire le frère de tous ; être humble, c’est être plus petit que tous. Et donc être doux et humble de cœur, c’est être un vrai frère mineur." Ben voyons !

En bon frère mineur, Bonaventure est donc familier de l’Évangile de ce jour. Il peut s’exclamer avec Jésus : "Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. […] Personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler" (Mt 11, 25-27). Non pas que Bonaventure, pas plus que le Christ, ne méprise la science ou l’étude. Bonaventure était le collègue de Thomas d’Aquin à la Sorbonne, et si leurs théologies sont différentes, il n’y a aucun anti-intellectualisme chez Bonaventure. Mais peut-être plus que chez Thomas, des accents affectifs et de piété fervente.

Pas de théologie sans prière

Bonaventure est typique de cette théologie à genoux que le pape François reconnaissait chez Benoît XVI, précisément façonné par Bonaventure. Dans le prologue de son Brevioquium, Bonaventure écrit : "Il faut commencer par le commencement, c’est-à-dire accéder d’une foi pure au Père des lumières, en fléchissant les genoux de notre cœur, afin que par son Fils dans son Saint-Esprit, il nous donne la vraie connaissance de Jésus-Christ et, avec sa connaissance, son amour. » Dans son commentaire des Sentences, Bonaventure écrit encore que « la sagesse, en son sens le plus propre, désigne la connaissance expérientielle de Dieu ; et de cette manière, elle est l’un des sept dons de l’Esprit Saint, dont l’acte consiste à goûter la divine suavité […], il trouve son commencement dans la connaissance et sa consommation dans l’affection".

Ce que Thomas d’Aquin a pratiqué sans toujours le dire, Bonaventure le pratique et le dit, et même y exhorte : il veut qu’on ne fasse de la théologie que dans un climat de prière. Ainsi dans le prologue de son Itinéraire de l’âme vers Dieu, Bonaventure exhorte à la prière "afin qu’on n’aille pas croire que la lecture suffise sans l’onction, la spéculation sans la dévotion, la recherche sans l’admiration, l’examen attentif sans l’exultation, le travail sans la piété, la science sans la charité, l’intelligence sans l’humilité, l’étude sans la grâce de Dieu". De qui prétendrait faire de la théologie ou même de la philosophie une science autonome, sans le secours de la grâce, Bonaventure se moque : "C’est comme si un homme voulait regarder le ciel ou le soleil avec des bougies." Il prêche en ce sens : "Rien ne peut rendre les choses parfaits objets de science, si ce n’est la présence du Christ, Fils de Dieu et maître."

La foi des tout-petits

Dès lors, il peut arriver qu’un tout-petit en remontre à un grand savant en matière de foi, parce que son intimité avec le Christ lui donne cette connaissance expérientielle de Dieu qui surpasse toute connaissance. Peut-être ne saura-t-il pas la formuler conceptuellement de manière adéquate, mais il en vivra et saura reconnaître dans la prédication trop brillante d’un théologien à la mode ce qui s’écarte de la foi catholique. Et c’est ici que Bonaventure rejoint Thomas d’Aquin, dont on sait qu’il admirait la foi de la vetula, cette petite vieille qui, dans une chapelle latérale, récite son chapelet, et en sait parfois plus que le plus éminent des docteurs en théologie. 


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