
Crédit : Philippe Lissac / Godong
Noël, Pâques, les vacances d'été... Toutes ces périodes sont l'occasion de grandes tablées et d'heures, parfois bien longues, autour d'un repas festif. Mais tout au long de sa vie, Jésus ne rechignait pas à participer à des banquets, comme nous. Vraiment comme nous ?
Les grandes fêtes et les moments de rassemblement sont souvent associés à de grandes tablées et à de longs repas. Ils peuvent pourtant sembler paradoxaux aux esprits les plus scrupuleux : comment concilier la célébration de valeurs d’humilité, de simplicité et de partage avec l’abondance d’un repas festif ?
La question se pose, mais une part de la réponse est assurément à trouver dans la vie même du Sauveur devenu grand. Le Christ, effectivement, passe son temps à table. Ou, tout du moins, une partie importante. Ce qui est d’abord une rupture avec le judaïsme de son temps qui, respectant les préceptes du Lévitique, sépare le pur de l’impur, par des pratiques rituelles mais pas seulement. Être attablé avec une personne impure est également impossible : malades, prostituées, collecteurs d’impôts…
"Comment ! Il mange avec les publicains et les pécheurs !" (Mc 2, 16) s’étonnent ainsi les pharisiens. Ce n’est pas le moindre des bouleversements opérés par la venue du Messie. Il l’explique lui-même, à propos non des convives mais des mets : "Les invités de la noce pourraient-ils jeûner, pendant que l’Époux est avec eux ? Tant qu’ils ont l’Époux avec eux, ils ne peuvent pas jeûner. Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors, ce jour-là, ils jeûneront. Personne ne raccommode un vieux vêtement avec une pièce d’étoffe neuve ; autrement le morceau neuf ajouté tire sur le vieux tissu et la déchirure s’agrandit. Ou encore, personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; car alors, le vin fera éclater les outres, et l’on perd à la fois le vin et les outres. À vin nouveau, outres neuves." (Mc 2, 19-22)
Tout repas parle du Royaume
Voilà la loi nouvelle du Royaume advenu avec la naissance de Jésus, qui accomplit sans modifier. Qui donne tout son sens à la loi ancienne. Ainsi les prescriptions mosaïques, nombreuses, à propos des repas ou non, trouvent-elles leur sens dans l’amour, de Dieu et du prochain. Le Messie ne répond-il pas, à ceux qui lui reprochent de partager sa table avec des pécheurs, "ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin […], je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs" (Mt 9, 12-13) ? La commensalité est donc ici un message : Dieu est miséricorde, et la miséricorde se moque du jugement.
Le repas est aussi le signe de la vie éternelle, quand tous ceux qui auront accueilli le salut partageront la même condition, divine, avec le Créateur. Cette béatitude, qui commence le jour du baptême, est manifestée par le Fils de manière particulière par le banquet des noces de Cana. "Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit" (Jn 2, 11) explique par exemple le disciple bien-aimé au début de son évangile. Le vin de la nouvelle alliance, partagé par les convives, est celui de la grâce répandue par les sacrements et qui ouvre aux réalités d’en-haut. À table, donc, c’est le Royaume, présent dans l’eucharistie, attendu dans la Gloire, qui est rendu plus concret. Reste à le vivre, entre la tranche de saumon et le toast de foie gras.
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