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La Mort de Germaine Cousin (1579-1601), la Vierge de Pibrac, vers 1863 (huile sur toile). Contrainte de dormir dans une étable. Tableau d'Alexandre Grellet.
À l’ouest de Toulouse, le sanctuaire de Pibrac renferme les reliques de sainte Germaine Cousin, l’une des saintes les plus originales de l’histoire de l’Église. C’est aussi l’une des plus universelles parce qu’elle ressemble aux innombrables hommes et femmes à qui personne ne prête jamais attention.
Une des singularités de sainte Germaine de Pibrac (1579-1601), que nous fêtons le 15 juin, tient à l’originalité du processus ayant abouti à sa canonisation. Généralement, pour qu'un homme ou une femme, soit déclaré(e) saint(e) par l'Église, deux conditions sont requises : la première, évidente, est la sainteté de l'impétrant. La seconde condition veut que ce dernier soit reconnu saint par une partie de ses contemporains. En effet, si personne ne vous considère comme un saint de votre vivant, qui portera votre cause à Rome une fois que vous serez retourné à Dieu ?
Pour l'Italie du XIIe siècle, il ne faisait aucun doute que François d'Assise était un saint bien avant qu'il ne meure et que le pape ne le canonise. Saint Benoît-Joseph Labre, lui, fut canonisé par le peuple de Rome dès le jour de sa mort, le 16 avril 1783 — ce qui signifie que le peuple romain avait reconnu en lui, de son vivant, un authentique ami de Jésus-Christ. Et qui soutiendra que la sainteté de Thérèse de Lisieux n'ait pas éclaté, aux yeux de ses contemporains, bien avant qu'elle n'"entre dans la Vie", selon ses propres termes ? Sans cela, sa supérieure lui aurait-elle demandé d'écrire son autobiographie ?
Le corps de Germaine retrouvé intact 40 ans après sa mort
Si Germaine remplit la première condition, en revanche elle ne coche pas la seconde case. Non, elle n'a pas été reconnue comme une sainte par ses contemporains ! Dès lors, comment l'Église a-t-elle pu la canoniser ? C’est ici que Dieu intervient. Car c’est Lui qui va se charger de mener à bien, par sa providence et la médiation d’hommes de bonne volonté, le processus qui l’élèverait sur les autels. Reprenons le fil des événements.
Germaine meurt, isolée, ignorée et délaissée de tous, en 1601. La jeune bergère est enterrée à l'intérieur de l'église paroissiale de Pibrac, "en sépulture ecclésiastique" comme on disait à l’époque. Elle fut vite oubliée. Quarante ans après son décès, on décide de porter en terre, à la même place dans l’église, une autre personne. À cette fin, on creuse à l'endroit où repose Germaine. Et que découvre le fossoyeur ? Enveloppé d’un linceul (c’est ainsi qu’on enterrait les morts en "sépulture ecclésiastique"), le corps intact d’une jeune femme à la main déformée, au visage rose, d’une fraîcheur stupéfiante, comme s’il avait été mis en terre la veille !
Son corps déclenche des souvenirs
Devant ce prodige, les habitants les plus anciens de Pibrac tentent de se souvenir pour identifier la personne à qui appartient ce corps. Mais oui ! C'était la petite souffreteuse de la ferme située à l'orée de la forêt de Bouconne. Germaine Cousin. La bergère. La souffre-douleur de sa marâtre. Les langues se délient. Un corps intact ! Pourquoi un tel prodige ? Et si… la petite bergère était une sainte ?
Peu de saints ont été aussi esseulés qu'elle. Ce qui explique que sitôt enterrée, personne ne se soit soucié d'elle. Délaissée, Germaine portait cependant secours à plus infortuné qu’elle, tant sa charité était héroïque, greffée qu’elle était sur Jésus-Christ.
Devant ce corps intact, les vieillards de Pibrac se souviennent maintenant d’une jeune fille bonne, pieuse, charitable, qui rendait le bien pour le mal. Une esseulée qui se rendait à la messe le plus souvent qu’elle pouvait, fidèle à saluer Notre-Dame au premier coup de l’Angelus.
Seule jusque dans la mort
Je vous fais grâce des autres péripéties qui conduiront à la canonisation, en 1867, de notre sainte, plus de deux siècles après sa mort. Ce qu'il faut surtout retenir de ce long intervalle de temps qui court entre la mort de Germaine et sa canonisation, c'est que Dieu a pris Lui-même les choses en main pour parvenir à ce résultat. Et pour commencer ce long processus, S'Il n'avait pas conservé son corps intact durant quarante ans après sa mort, il n’y aurait jamais eu de sainte Germaine de Pibrac !
Ainsi, Germaine ne doit pas d'avoir été portée sur les autels à ses contemporains mais à Dieu. Telle est la première singularité de la pastourelle de l'Ouest toulousain. La seconde tient à son délaissement. Peu de saints ont été aussi esseulés qu'elle. Ce qui explique que sitôt enterrée, personne ne se soit soucié d'elle et qu'il ait fallu un effort de remémoration de la part des anciens du village pour identifier la personne à qui appartenait le corps découvert, dans l'église paroissiale, quarante ans après sa mort.
Patronne des personnes souffrant de solitude
Persécutée par sa marâtre, Germaine était délaissée dans sa propre famille (elle avait perdu ses parents très jeune). Elle en était réduite à coucher sous l'escalier de la ferme, dans une soupente superficielle où elle mourut ! Sa marâtre ne souhaitait pas que ses fils la fréquentent et les éloignait d'elle comme d'une bête contagieuse… Délaissée, Germaine portait cependant secours à plus infortuné qu’elle, tant sa charité était héroïque, greffée qu’elle était sur Jésus-Christ.
Telle fut l’existence de cette sainte à qui l’on pourrait, sans conteste, confier le patronage et la protection de toutes les personnes délaissées et souffrant de solitude. Elle fut une parfaite incarnation des Béatitudes.
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