mercredi 5 août 2026

Le Jura, un territoire façonné par la Vierge Marie

 

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Crédit : Amiv

La statue de la Madone à Saint-Laurent-la-Roche, Jura.

Dressée au sommet de son belvédère, la Madone de Saint-Laurent-la-Roche, dans le Jura, veille sur la plaine de Bresse depuis un siècle. Le 9 août, le village célébrera le centenaire de la réinstallation de cette statue, un anniversaire qui rappelle combien la figure de la Vierge Marie est intimement liée à l'histoire de cette région. 

Erigée une première fois en 1874 sur l’emplacement de l’ancien donjon du château, démantelé sous Louis XIV, la Madone de Saint-Laurent-la-Roche domine depuis son promontoire le village et la plaine de Bresse. Visible de loin, elle est devenue un repère familier pour les habitants comme pour les randonneurs. Le 9 août prochain, la commune célébrera le centenaire de cette statue à l’histoire mouvementée. Au début du XXᵉ siècle, dans le contexte tendu de la séparation de l’Église et de l’État, la Madone devient la cible de plusieurs attentats. Une première explosion, le 1er mars 1904, la renverse sans la détruire. Remise en place, elle est de nouveau attaquée le 24 octobre, laissant un large impact sur son flanc gauche. Face aux risques d’une nouvelle attaque, le maire Émile Charnot propose son enlèvement lors d’un conseil municipal extraordinaire le 29 octobre 1904. Une partie des habitants s’y oppose. Menés notamment par M. Michel, ancien avocat installé dans la commune, ils lancent une pétition qui recueille 79 signatures pour demander le maintien de la statue. "Cette histoire dit beaucoup de choses sur la laïcité, mais aussi sur l’attachement des habitants à la Vierge Marie", explique Béatrice Genet, coprésidente de l’Association de mise en valeur de l’église de Saint-Laurent-la-Roche (AMIVE). "Beaucoup des noms figurant sur la pétition appartiennent encore aujourd’hui à des familles du village." Malgré cette mobilisation, une troisième explosion, le 22 avril 1905, détruit définitivement la Madone. Mais les habitants ne renoncent pas : en 1926, grâce à une souscription locale et à un impressionnant chantier mobilisant hommes et attelages de bœufs, une nouvelle statue est hissée au sommet du rocher. C’est celle qui veille encore aujourd’hui sur Saint-Laurent-la-Roche.

Si cette Madone est devenue un symbole pour la commune, elle témoigne aussi d’un attachement plus large à la figure de Marie dans le Jura, une terre où la dévotion mariale a profondément marqué l’histoire et le patrimoine.

Une dévotion ancienne, façonnée par les épreuves

"Le Jura est une terre mariale", confirme à Aleteia Bertane Poitou, responsable de l'art sacré au diocèse de Saint-Claude, ajoutant que même si les sources sont peu nombreuses avant les XIᵉ et XIIᵉ siècles, plusieurs éléments permettent de comprendre pourquoi cette dévotion s'est enracinée ici. "La première piste remonte aux origines de l'évangélisation de la région. À l'époque, le Jura appartient au diocèse de Besançon. Selon la tradition, les saints Ferréol et Ferjeux, premiers évangélisateurs de la province, auraient été envoyés par saint Irénée de Lyon, l'un des premiers théologiens à avoir développé la figure de Marie comme la "nouvelle Ève". On peut donc imaginer que cette sensibilité mariale ait accompagné les premiers missionnaires", explique la spécialiste. 

Si la vie monastique joue un rôle déterminant dans l’enracinement du culte marial, avec l'implantation de nombreuses communautés religieuses, notamment trois grandes abbayes cisterciennes, mais aussi les Chartreux, la dévotion à Marie ne reste toutefois pas cantonnée aux monastères. "Le diocèse est longtemps resté très rural. Dans les campagnes, la piété populaire s'est maintenue plus durablement qu'ailleurs et Marie était celle que l'on invoquait dans les épreuves", note Bertane Poitou. Et les épreuves, les Jurassiens en ont traversé beaucoup : la guerre de Dix Ans, pillages, incendies, épidémies et massacres marquent profondément les populations, qui se tournent naturellement vers la Vierge comme protectrice. Cette confiance en Marie s’inscrit parfois directement dans la mémoire des lieux, comme en témoigne la chapelle Notre-Dame Libératrice à Salins-les-Bains. "En 1639, alors que la Franche-Comté est ravagée par la guerre de Dix Ans, les habitants de Salins invoquent la protection de la Vierge face aux menaces qui pèsent sur la ville, notamment les troupes françaises et la peste. Selon la tradition, la cité est épargnée des destructions promises, ce qui est attribué à l’intercession de Marie. En signe de reconnaissance, les habitants font ériger une chapelle et installent une statue de la Vierge Libératrice, qui devient un lieu de prière et de pèlerinage", raconte l’historienne, qui précise qu’à la fin des années 1980, on recensait plus d'une trentaine de lieux de pèlerinage dédiés à Marie dans le Jura, sans compter les nombreuses églises placées sous son patronage : près d'une vingtaine sont dédiées à la Nativité de Marie, une quarantaine à l'Assomption, auxquelles s'ajoutent chapelles et oratoires.

Marie, une présence qui demeure 

Mais cette dévotion mariale ne relève pas seulement du passé. Aujourd'hui encore, les grands sanctuaires du département continuent d'attirer les fidèles, à commencer par le sanctuaire Notre-Dame de Mont-Roland, qui conserve le souvenir d'une Vierge en majesté du XIᵉ siècle, Notre-Dame de Neige et Notre-Dame du Chêne. Cette présence de Marie se manifeste aussi dans le mouvement des Équipes du Rosaire, particulièrement actif dans le diocèse. "Notre diocèse était l’un des premiers à organiser des pèlerinages à Lourdes et l'Hospitalité jurassienne fut la première créée en France", souligne fièrement Bertane Poitou, qui rappelle par ailleurs la richesse mariale du patrimoine artistique du Jura.

"Dans les églises jurassiennes, la présence de Marie est partout. Fresques, retables, tableaux ou sculptures racontent toute la vie de Marie, de sa Nativité à son Assomption, en passant par les grands épisodes évangéliques comme l'Adoration des Mages, mais aussi des scènes issues des écrits apocryphes", précise-t-elle. 

Ainsi, des églises aux monastères, c'est tout le paysage jurassien qui porte l'empreinte de Marie. Au détour d'un sentier, au sommet d'un belvédère ou dans le silence d'une chapelle, la Vierge continue de raconter une même histoire : celle d'un territoire où foi, patrimoine et mémoire n'ont jamais cessé de dialoguer. 


aleteia

dimanche 2 août 2026

Rouen rend hommage au père Jacques Hamel dix ans après son martyre

 




Dix ans après son assassinat par des terroristes en pleine messe, le père Jacques Hamel n'est pas oublié. Les 25 et 26 juillet, le diocèse de Rouen consacre deux journées de mémoire et de prière au prêtre de Saint-Étienne-du-Rouvray, dont la cause de béatification suit son cours à Rome.

Il y a dix ans, le 26 juillet 2016, la France découvre avec stupeur l'assassinat du père Jacques Hamel dans son église de Saint-Étienne-du-Rouvray. Ce matin-là, le prêtre auxiliaire âgé de 85 ans célèbre la messe quand deux islamistes de 19 ans, Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean, font irruption dans l'église, prennent des otages et égorgent le vieux prêtre devant l'autel. Un paroissien, Guy Coponet, est grièvement blessé à la gorge. Les deux assaillants, qui revendiquent l'État islamique, sont abattus par la BRI à leur sortie de l'église. L'attentat, survenu deux semaines après la tragédie de Nice, plonge la France dans un deuil profond.

Dix ans après, le diocèse de Rouen organise deux journées de mémoire et de prière, les 25 et 26 juillet 2026. Dès le samedi après-midi, l'église Saint-Étienne ouvre ses portes pour un accueil continu : les fidèles pourront se recueillir sur le lieu du martyre et feuilleter un livre d'or. Le soir, la cathédrale Notre-Dame de Rouen accueille l'inauguration d'une exposition en sept panneaux retraçant la vie et le ministère du prêtre, suivie d'une veillée-mémoire musicale et littéraire, "Jacques Hamel en parole et en acte", avec Philippe Tailleux et le père Jacques Simon. L'exposition restera visible jusqu'au 31 août.

Le dernier trajet du père Hamel

Le dimanche 26 juillet, jour anniversaire exact, le programme s'annonce solennel. À 9h30, une marche silencieuse permettra de refaire ensemble le dernier trajet du père Hamel jusqu'à son église. Le parvis sera officiellement baptisé "Parvis Père Jacques Hamel" par le maire Joachim Moyse. À 11h, le cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille et président de la Conférence des évêques de France, présidera la messe, retransmise en direct par Le Jour du Seigneur. Discours des autorités civiles et religieuses suivront devant la stèle de la paix. La journée s'achèvera par un recueillement sur la tombe du père Hamel au cimetière de Bonsecours (15h30) et les vêpres à la basilique Notre-Dame de Bonsecours (16h30).

Une cause en béatification du père Hamel a été ouverte dès 2017 avec une dispense exceptionnelle du pape François. Elle a donné lieu à un dossier de 11.500 pages — homélies, témoignages, lettres — transmis au Vatican pour examen. Depuis, la cause est à l'étude au Vatican : le père Hamel ayant été tué in odium fidei ("en haine de la foi"), sa reconnaissance comme martyr suffirait à ouvrir la voie à sa béatification, sans qu'un miracle soit requis. Sa tombe à Bonsecours, dans le carré des prêtres, est devenue un lieu de pèlerinage où des fidèles viennent régulièrement prier.

Il y a 10 ans, le 26 juillet 2016, le père Jacques Hamel, curé de la paroisse de Saint-Etienne du Rouvray, dans le nord de la France, était assassiné lors d’une prise d’otages, égorgé par deux terroristes ayant fait allégeance à l’État islamique. Un fidèle, qui participait à la messe, avait été sérieusement blessé.

Plusieurs hommages sont rendus en France à l’occasion du 10ème anniversaire de l’assassinat du père Jacques Hamel, dans son église le 26 juillet 2016. Des initiatives interreligieuses axées sur la connaissance de l’autre entre Chrétiens et musulmans, des expositions, des temps de prière et de partage sont organisés notamment à Saint-Étienne-du-Rouvray. Le cardinal Jean-Marc Aveline, président de la Conférence des évêques de France, présidera une messe, retransmise, dimanche, par les chaines de télévision du service public.

Si aujourd’hui le travail de mémoire est important pour les jeunes générations, il faut aussi prendre acte qu’en 10 ans, les relations entre chrétiens et musulmans en France ont évolué, bien que beaucoup de chemin reste à faire et que la méfiance est sujette à instrumentalisation. Entretien avec le dominicain Jean-François Bour, directeur du Service national pour les relations avec les musulmans.

Frère, Jean-François Bour, comment l'assassinat du père Hamel a-t-il contribué à faire avancer le dialogue islamo-chrétien?


Le dialogue entre chrétiens et musulmans, en France en tous les cas, ne peut pas se réduire à une simple relation courtoise, même avant 2016. Une relation s'est construite déjà au cours des années 1950. L'Église de France a fondé un service dédié dès 1973 pour les relations avec les musulmans, pour permettre à des acteurs chrétiens, catholiques, de se former à la connaissance de l'islam et d'entrer un peu plus dans la complexité de l'histoire musulmane, dans le détail du fonctionnement de la religion musulmane. Mais, si on veut voir une vraie bascule, il faudrait plutôt la situer déjà autour de 2001. L'attentat de New York, contre le World Trade Center, a généré une prise de conscience assez forte. À partir de ce moment-là, on essaie de comprendre pourquoi il y a des courants qui choisissent la violence terroriste, et toute une réflexion s'engage.

Et qu'est ce qui a changé, quelle est la nouvelle approche après ce premier déclic de 2001 et à la suite des attentats des années 2010 en France?


Du côté des musulmans, par exemple, il y a une sorte d'électrochoc, et pour beaucoup, c'est une souffrance car ils n'ont souvent pas du tout reçu, de la part des générations qui les précèdent, un enseignement de l'islam qui serait propice à la violence ou au chaos. Ils prennent conscience très brutalement qu’il y a des courants djihadistes, des courants terroristes. Après l'assassinat du père Hamel, nous avons vu arriver en France, des délégations de très haut niveau venues à Paris parler à des évêques et se rendre à Saint-Étienne-du-Rouvray pour présenter leurs condoléances, et déclarer leur réprobation de l'attentat.

Cet islam, qui ne s'est pas reconnu dans la violence, a-t-il pris, dans une certaine mesure, l'initiative du dialogue?


Je ne pense pas qu'on puisse dire qu'il a pris l'initiative du dialogue formellement. Mais il a compris qu'il fallait enclencher une nouvelle étape dans le processus déjà existant, au sein duquel les chrétiens en général étaient assez proactifs. Le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale qui est le porte-parole du wahhabisme de l'Arabie Saoudite au niveau mondial, est venu lui aussi à Saint-Étienne-du-Rouvray. Il a participé avec Mgr Lebrun à une veillée d'hommage. Ces dignitaires ont compris que, même s'ils étaient porteurs d'un certain conservatisme islamique, d'un certain rigorisme qui peut être propice à une forme assez offensive de l'islam, il fallait absolument développer un autre message.

N’y a-t-il pas aussi chez les chrétiens une forme de méconnaissance de l'autre qui permet d'élever assez facilement les murs de la méfiance?


On voit se lever, à l'occasion de ces drames, des personnes parfois même très simples dans la population, qui disent que cette violence ne leur correspond pas. On voit ça du côté des musulmans, du côté des chrétiens aussi et même de la part de non-croyants. Ces personnes disent qu’elles ne veulent pas de cette dérive. Un certain nombre d'entre elles ont compris qu'il fallait rejoindre des associations de dialogue et qu'il fallait montrer des signes. Je suis très touché, par exemple, par la façon dont un musulman d'origine comorienne a réalisé et offert un tableau représentant le père Hamel en train de prêcher dans son église. Des musulmans sont venus au cimetière de Saint-Étienne-du-Rouvray pour déposer des fleurs.


10 ans après, pour beaucoup de jeunes, l'assassinat du père Hamel peut apparaitre comme un événement abstrait et lointain. Quelle est l'importance de la transmission de la mémoire?


C'est certainement l’aspect le plus compliqué. Dans l'histoire du père Hamel, les musulmans l'ont bien vu, le drame de la mort d'un homme se double du tragique qui vient de l'assassinat d'un homme en acte de prière. Beaucoup de musulmans ont dit leur effroi, leur dégoût total, face à cette violence pendant une prière. Pour beaucoup de jeunes chrétiens aujourd'hui en France, on note un certain désarroi. Nous avons en France aujourd'hui, dans le monde chrétien et chez les non chrétiens, une sorte d'angoisse qui s'est qui s'est répandue jusque dans le climat politique du pays. Donc le défi éducatif aujourd'hui est très important.

Le message de dialogue, de pardon, de réconciliation, adressé au lendemain de l'assassinat du père Hamel par l'Église de France, a aussi énormément surpris et soulagé les autorités françaises...


Ça fait des décennies que nous construisons une réflexion sur l'islam, sur le dialogue islamo-chrétien en France. Ça ne date pas de 2016. Et l'Église de France fait son travail en rappelant qu'elle ne peut pas accepter que l'on rende tous les musulmans responsables de la mort du père Hamel, ni responsables de tous les actes terroristes qui ont été commis par des gens qui ont sombré dans une idéologie mortifère.

Quels seraient les obstacles qui freineraient encore un dialogue interreligieux pleinement apaisé dix ans après ce drame?


Ce qui freine vraiment le dialogue interreligieux aujourd'hui, c’est de penser qu’on a autre chose à faire dans une époque qui nous place face à de nombreux défis qui ne concernent plus seulement le dialogue inter-religieux. On est un peu tenté de baisser les bras et d’épouser une forme presque de résistance, faire de notre vie chrétienne ou de l'évangélisation un rempart contre les musulmans. Ça arrive qu'on entende ce discours. Pas chez tout le monde, heureusement. Je crois qu'il faut dépasser cela. J'encouragerai vraiment tout le monde à se retrousser les manches aujourd'hui et à croire que nous pouvons nous parler et nous comprendre. À mon avis, il faut remettre un peu d'effort dans la machine, un peu d'engagement.


aleteia et vatican news



samedi 25 juillet 2026

le saint diplomate de la papauté et Une famille, sept saints......

 



Laurent-de-Brindisi

Saint Laurent de Brindisi.

Humble mais prodigieux capucin, le mystique Laurent de Brindisi a marqué l’histoire comme un diplomate hors pair, capable de subjuguer les princes les plus rétifs au nom du pape. L’Église le fête le 21 juillet.

Lorsqu’il vient au monde à Brindisi, Brindes comme l’on dit alors en français, le 22 juillet 1559, le fils unique tant attendu de Guglielmo et Elisabetta De Rossi est accueilli comme le Messie. À sa famille restée à Venise, ville d’où les De Rossi sont originaires, Guglielmo, ébloui de sa paternité tardive, écrit, parlant du nouveau-né : "Les traits de son visage sont si admirables qu’il est impossible de ne pas voir en notre fils un enfant de bénédiction ; tous se demandent s’il ne s’agit pas d’un ange plutôt que d’un humain !"

Une précoce vocation

Il est vrai que l’enfant, accablé du lourd prénom de Giulio Cesare, résumé des ambitions familiale, est beau, intelligent, pieux, docile, travailleur mais son avenir ne sera pas celui dont rêvaient ses parents. Il est encore tout jeune mais déjà brillant lorsque sa mère, restée veuve, inquiète de trop fréquentes descentes turques sur les côtes des Pouilles, décide de regagner la Sérénissime, à l’abri de ce genre d’incursions et confier Giulio à son oncle, l’abbé De Rossi, érudit qui se chargera de son éducation. Que l’enfant manifeste une précoce vocation franciscaine n’intéresse personne mais il va bien falloir la prendre en considération lors d’une fête des épousailles annuelles du Doge et de la mer. Alors que toute l’aristocratie vénitienne a embarqué sur des navires de parade derrière le Bucentaure, la galère amirale, une tempête soudaine se déchaîne sur la lagune et manque envoyer toute la flotte par le fond. Imperturbable, Giulio se juche sur la proue, s’absorbe en prière puis trace un signe de croix sur les flots qui se calment. Ce sera son premier miracle. 

Un trésor pour les capucins

Peu après, l’adolescent postule chez les capucins de Vérone. Aux lamentations de sa mère, demandant qui prendra soin d’elle si son fils unique l’abandonne, Giulio rétorque : "Dieu." Quant au Père gardien véronais, il s’entend répondre, lorsqu’il lui peint les rigueurs de la vie capucine : "Pourvu que ma cellule possède un crucifix, elle sera pour moi plus belle que les salles somptueuses des plus riches palais." Édifié, il accepte l’adolescent, lequel fait profession le 18 février 1575 et prend en religion le prénom de Laurent.

Les miracles se multiplient autour de lui tandis qu’il progresse dans les hautes charges de son Ordre dont il devient définiteur en 1596.

Bientôt, l’ordre séraphique comprend quel trésor il vient de trouver : frère Laurent est un surdoué hypermnésique capable d’acquérir une science hors du commun, apprenant langues anciennes, philosophie et théologie avec une facilité déconcertante, jusqu’à devenir à moins de vingt ans bibliste et apologète si brillant qu’il est autorisé à prêcher avant d’être ordonné prêtre et que le pape Clément VIII l’envoie débattre avec les rabbins de Rome qui le prennent pour l’un d’entre eux tant est profonde et riche sa connaissance du judaïsme. 

Les miracles se multiplient autour de lui tandis qu’il progresse dans les hautes charges de son Ordre dont il devient définiteur en 1596. C’est dans le cadre de cette fonction qu’il est envoyé à Prague y installer un couvent, comme à Vienne et Gratz alors que ces régions de l’empire d’Autriche sont travaillées par le protestantisme. La sainteté de Laurent désarme les prudences politiques et lui vaut l’estime de l’empereur Rodolphe. Il ignore que cette mission fera de lui le grand diplomate de la papauté après que sa seule présence sur le champ de bataille ait fait fuir les bataillons turcs qui allaient tailler en pièces les Impériaux. 

Rassembleur de princes

Devenu indispensable aux Habsbourg, Frère Laurent est nommé nonce apostolique en Autriche où son sens de la diplomatie rassemble les princes germaniques fidèles à la foi de Rome au sein d’une ligue catholique que rejoint Philippe III d’Espagne pour faire obstacle à la fédération protestante rassemblée autour d’Henri IV. Dès lors, frère Laurent court l’Europe, à pied comme le veut la Règle, de Vienne à Prague et de Munich à Madrid, au gré des ambassades dont le charge le pape. Il est pourtant devenu général de toutes les branches de l’ordre franciscain, lourde mission qu’il prend à cœur, visitant chaque maison, tançant ici un supérieur qui a oublié la pauvreté du fondateur et couvre de splendeurs ruineuses la chapelle conventuelle, là un autre qui l’a dépouillée jusqu’à l’indigence afin de vivre à son aise, réformant par sa seule présence.

Il est vrai que les faveurs divines l’accompagnent, tel ce jour où, dans la nouvelle fondation de Gratz, le Christ apparaît pour donner la communion à Laurent et à tous les frères présents, effarés. Ailleurs, toute la communauté voit distinctement l’Enfant Jésus apparaître dans l’hostie consacrée et caresser de sa menotte la face barbue de Laurent, tandis que le diacre qui l’assiste à l’autel s’en évanouit de stupeur. La liste des prodiges serait longue. 

Diplomate jusqu’au bout

Mais l’on a besoin de ses talents de diplomate pour mettre un terme à la guerre de succession de Mantoue, inquiétante pour le Saint-Siège car elle ouvre la porte de l’Italie aux ambitions françaises et savoisiennes. Là encore, sa seule présence dénoue les conflits, comme elle apaise un soir un jeune cheval que nul n’a encore monté qui se laisse seller pour ramener à Venise le vieux religieux perclus de douleurs. Laurent n’en peut plus de tant de responsabilités, sollicitudes et tracas. Quand il passe dans une ville, les médecins rassemblent leurs patients et attendent qu’il les guérissent à leur place, ce qui arrive régulièrement. De guerre lasse, il se résout à écrire des bénédictions largement distribuées dont le seul contact obtient les mêmes miracles.

À l’approche de la soixantaine, la vieillesse à l’époque, il est usé, à bout de forces. Mais quand le pape lui demande de se rendre à Madrid dénoncer les exactions du vice-roi qui tyrannise les Napolitains, il repart, malgré la fatigue, les dangers de la route, les tentatives d’assassinat. S’il mène encore à bien cette ambassade, ce sera la dernière. À peine a-t-il regagné l’Italie que frère Laurent doit s’arrêter chez les clarisses de Villafranca del Vierzo. Il y rend l’âme, le jour de ses 60 ans. Au grand dam des capucins, les filles de sainte Claire garderont jalousement sa dépouille.



La cathédrale de Kiev.

Dans cette famille originaire de Césarée, en Cappadoce, et vivant au IVe siècle, la grand-mère, le père et la mère, et quatre de leurs dix enfants furent déclarés saints. Il s’agit de la famille de sainte Macrine la Jeune fêtée le 19 juillet.

Il est des familles plus portées vers la sainteté que d’autres ! On pense aux époux Martin et à leurs cinq filles devenues religieuses (et parmi elles sainte Thérèse de Lisieux), on pense à sainte Céline qui éleva trois fils prêtres dont saint Rémi, ou encore aux vénérables époux Sergio Bernardini et Domenica Bedonni dont huit enfants sur dix devinrent prêtres ou religieuses. Mais le record de saints dans une même famille semble être tenu par celle de Macrine la Jeune, aînée d’une autre "Sainte Famille".

Quatre enfants canonisés

Sainte Macrine la Jeune, à distinguer de sainte Macrine l’Ancienne, sa vénérable grand-mère, est la fille aînée de sainte Emmelie et saint Basile l'Ancien, heureux parents d'une famille de dix enfants dont quatre seront canonisés : sainte Macrine, et ses frères, les évêques saint Basile de Césarée, docteur de l’Église, saint Grégoire de Nysse et saint Pierre de Sébaste. La clé de voûte de cette édifiante famille : la grand-mère paternelle, sainte Macrine l'Ancienne, dont son petit-fils Basile dira : "Elle façonna nos âmes par une piété fondée sur la saine doctrine."

Élevée par des parents très pieux, Macrine la Jeune apprend à lire dans le psautier tout en fusant la laine. À douze ans, bien que son père eut voulu la marier, elle choisit de se consacrer à Dieu. Sa mère devenue veuve, elle se dévoue pleinement à sa famille et notamment à ses nombreux frères et sœurs. Elle devient l’âme de la maison, qui se transforme progressivement en petit monastère où l'on pratique la contemplation, l’hospitalité et la charité.

Basile et Grégoire reconnaîtront l'influence de leur grande sœur dans leur vocation religieuse. En effet, Basile se fit baptiser sur les encouragements de sa sœur, et fonda un monastère d’hommes en face de la maison familiale. Quant à Grégoire, il assista aux derniers instants de Macrine, pendant lesquels elle médita sur la résurrection et qui sont à l’origine de son Dialogue sur l'âme et la résurrection.


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Le Jura, un territoire façonné par la Vierge Marie

  Crédit : Amiv La statue de la Madone à Saint-Laurent-la-Roche, Jura. Dressée au sommet de son belvédère, la Madone de Saint-Laurent-la-Roc...