samedi 5 septembre 2026

ces papes qui ont résidé en France

 



Giovanni di Paolo, Sainte Catherine de Sienne devant le pape Grégoire XI à Avignon, Madrid, Musée Thyssen-Bornemisza.

Crédit : Musée Thyssen-Bornemisza

Giovanni di Paolo, Sainte Catherine de Sienne devant le pape Grégoire XI à Avignon, Madrid, Musée Thyssen-Bornemisza.


Après François, Benoît XVI et Jean Paul II, Léon XIV va rejoindre la liste des papes qui ont résidé en France… et pas toujours de leur gré. Entre les papes d’Avignon et les papes persécutés par la Révolution, qui sont-ils ces pontifes qui contribuèrent à dessiner l’extrême complexité des rapports de notre pays avec la papauté ?


Ce n’est point Rome qui fait l’empereur ou le Pape. Le droit romain posait comme principe que "Rome est là où est l’empereur". Les canonistes de l’Église reprirent cette affirmation pour l’appliquer aux successeurs de Pierre. Le cardinal Henri de Suse, grand réformateur du droit canon, écrira au XIIIe siècle que Ubi est papa, ibi est Roma ("Où est le Pape, là est Rome"), ajoutant que "ce n’est pas le lieu qui sanctifie l’homme, c’est l’homme qui sanctifie le lieu". Cet adage nous renvoie, non pas à des visites pontificales ponctuelles dans notre pays — visites très courantes durant tous les siècles du Moyen Âge — mais aux périodes où les souverains pontifes résidèrent sur notre sol, de gré ou même de force. S’en souvenir à la veille du voyage apostolique de Léon XIV permet de rafraîchir notre mémoire et de réfléchir sur l’extrême complexité et l’étonnante richesse des rapports de la France avec la papauté, relations à nulles autres pareilles dans aucun pays.

Le bienheureux Urbain V

Si, pendant presque un siècle, la papauté s’installa au bord du Rhône, près du premier pont reliant la France à la Provence, le pont Saint-Bénézet — sur lequel ou sous lequel personne ne dansait généralement — le rocher des Doms d’Avignon devint ainsi le roc provisoire au sommet duquel Pierre dressa sa tente, cet immense palais-forteresse encore existant, le plus vaste de l’époque médiévale. Parmi les sept papes légitimes, tous de langue d’Oc, qui se succédèrent — en laissant de côté les papes du Grand Schisme qui suivront — se dressa un saint, le bienheureux Urbain V, fils noble de Lozère, esprit précoce et doué, moine bénédictin, élu par un conclave divisé alors qu’il était abbé de Saint-Victor de Marseille, donc ni évêque, ni cardinal. Il inaugura l’humanisme de la Renaissance par ses réformes, son amour des arts, tout en demeurant dans la simplicité, la contemplation de la création. Il voulut un "jardinet" pour manger ses propres légumes, et ainsi naquit le jardin désormais public qui jouxte encore le palais. 


De même, bien qu’exilé de Rome, il y fut l’initiateur, lors de son bref essai de retour dans la ville éternelle, des jardins du Vatican. Il fonda une myriade de studium, de facultés, d’universités sur la terre de France et en Europe, dont la faculté de médecine de Montpellier, l’université de Cracovie, réformant celles de Padoue et de Paris. Conciliateur entre l’empereur, les rois et les princes, il sut défendre l’indépendance de l’Église en ne cédant à aucune pression, aucune menace, y compris lorsque les troupes de Duguesclin furent prêtes à envahir Avignon et le Comtat Venaissin. 

"Retournez à Rome !"

Sa tentative de restauration de la papauté à Rome préparera le retour définitif de son successeur, Grégoire XI, ce dernier par ailleurs fortement ébranlé par les arguments d’autorité de sainte Catherine de Sienne n’hésitant pas à remettre le Pape face à ses responsabilités. Écoutons-la, invitant en fait le souverain pontife à fortifier son peuple par son exemple. Cette adresse est valable à travers tous les âges, malgré des conditions historiques diverses :

"Si jusqu'à présent vous n'avez pas été bien ferme, je vous demande et je vous conjure, pour le temps qui vous reste, d'agir en homme courageux, et de suivre le Christ, dont vous êtes le Vicaire. Ne craignez rien, Ô Père, des vents furieux qui se sont élevés, et de ces enfants dénaturés qui se sont révoltés contre nous. Ne craignez rien, parce que le secours de Dieu est prêt. Veillez aux choses spirituelles, mettez de bons pasteurs et de bons gouverneurs dans nos villes ; car ce sont les mauvais pasteurs et les mauvais gouverneurs qui ont fait naître la révolte. Appliquez vite le remède ; confiez-vous dans le Christ Jésus, et ne craignez rien. Avancez donc, et accomplissez avec un saint zèle les bonnes résolutions que vous avez prises ; retournez à Rome, et entreprenez une glorieuse croisade. Ne tardez pas davantage ; vos lenteurs ont fait naître beaucoup d'embarras ; le démon a travaillé et travaille encore pour empêcher ce qui doit se faire, parce qu'il y trouve sa ruine. 

Courage, Saint Père, plus de négligence ; levez l'étendard de la sainte Croix ; c'est l'odeur de la Croix qui vous donnera la paix. Je vous supplie d'inviter les rebelles à une sainte paix, pour que toute la guerre se tourne contre les infidèles. J'espère que l'infinie bonté de Dieu vous enverra un prompt secours... Courage donc, courage venez, oui, venez consoler les pauvres serviteurs de Dieu, vos enfants. Nous vous attendons avec un ardent et tendre désir. Pardonnez-moi, mon Père, tout ce que je vous ai dit. Vous le savez, c'est de l'abondance du cœur que parle la langue. J'en suis sûre, vous serez l'arbre que je désire voir, et rien ne vous arrêtera."

Pie VI et Pie VII, les persécutés

Et puis, il fut un temps, d’une cruauté insigne, où la France, fille aînée de l’Église, persécuta deux papes. Ce fut tout d’abord Pie VI, prisonnier de Bonaparte, martyr de la Révolution ; et ensuite Pie VII, otage imperturbable de Napoléon Ier qu’il considéra toujours comme "un fils un peu têtu, mais un fils quand même". Pie VI, Il Papa bello, est regardé comme un pape martyr car, après avoir fermement condamné la Constitution civile du clergé, il subit l’invasion révolutionnaire des États pontificaux et la captivité, traîné malade à travers l’Italie et les Alpes pour mourir prisonnier dans la citadelle de Valence en France. Il fut enterré civilement car le seul service religieux possible aurait été celui célébré par l’évêque constitutionnel de Valence. Il repose aujourd’hui à Rome mais son cœur et ses entrailles demeurent dans la cathédrale de Valence, tant la population l’avait accueilli avec respect et piété. 

Quant à Pie VII, moine bénédictin prenant les rênes après Pie VI, alors que les révolutionnaires français pensaient avoir anéanti à jamais la papauté, couronné modestement et discrètement d’une tiare en carton à Venise, il se révéla comme un habile diplomate et un homme de Dieu alors que l’empereur Napoléon avait décrété que son fils était "roi de Rome" tout en rétablissant provisoirement les États pontificaux. Enfermé pendant presque deux ans au château de Fontainebleau, il avait auparavant accepté d’assister au sacre de Napoléon, tout en refusant de le couronner. Arrêté au palais du Quirinal par le général Radet très mal à l’aise et respectueux, Pie VII répondit à l’invitation renouvelée de se joindre à l’alliance contre l’Angleterre : Non possumus, non debemus, non volumus ("Nous ne pouvons pas, Nous ne devons pas, Nous ne voulons pas")." Le projet de Napoléon était alors d’installer définitivement les papes dans le palais de l’archevêché de Paris (détruit lors de la révolution de 1830). Lorsque Pie VII put retourner à Rome en 1814, il fut le dernier pape à fouler le sol de France avant Jean-Paul II en 1980.

Un pays qui n’a jamais cessé d’aimer la papauté

Léon XIV ne viendra pas dans notre pays contraint et forcé, obligé à l’exil ou retenu prisonnier. Il visitera un pays qui n’a jamais cessé d’aimer la papauté, malgré les époques de méfiance, de haine, de persécution, car le peuple n’est point à confondre avec ses dirigeants de tout poil. Là où est le Pape, nous respirons l’air de cette Rome unique, immortelle en dépit des invasions et des agressions, la Rome des Apôtres et des martyrs, des docteurs et des saints, la Rome qui chérit ses enfants pour les nourrir de charité et de vérité, au-delà de toutes les imperfections humaines de ceux qui servent Dieu.


aleteia

mercredi 2 septembre 2026

La “religieuse la plus rapide de l’Ouest”

 


SISTER Blandina Segale


Plutôt que la légende Billy the Kid, connaissez-vous la vraie sœur Blandina Segale ? Le Vatican vient de reconnaître les vertus de sa vie héroïque et pourrait bien la déclarer rapidement comme nouvelle sainte américaine et un exemple à suivre. Sa vie donnée aux autres est en effet inspirante et édifiante pour tous les "kids" américains.

Encore une Américaine dans la lumière cette année ! Sœur Blandina Segale, une immigrée d'origine italienne, est notamment célèbre pour ses rencontres avec Billy the Kid et les foules en colère dans le Far West. Mais elle pourrait être bientôt mieux reconnue par l’Église universelle puisqu’un comité de théologiens du Vatican vient d'examiner sa vie pour déterminer si elle avait mené une existence marquée par des "vertus héroïques".

Et la décision est tombée à l’unanimité le 28 mai dernier : sœur Blandina Segale a bien mené une vie marquée par des vertus héroïques. À la suite de cette reconnaissance, les promoteurs de sa cause, qui se mobilisent depuis plusieurs mois, espèrent désormais une nouvelle étape décisive. Ils attendent en effet que, d’ici la fin de l’été, elle soit officiellement proclamée "vénérable" par l’Église, ouvrant ainsi la voie à une éventuelle béatification.

La religieuse la plus rapide de l'Ouest

Sœur Blandina Segale est née le 23 janvier 1850 à Cicagna, en Italie, et sa famille a émigré à Cincinnati, dans l'Ohio, quatre ans plus tard. Elle entre chez les Sœurs de la Charité de Cincinnati en 1866 et est envoyée dans l'Ouest en 1872. Son ministère principal consiste alors à enseigner aux pauvres, mais aussi à défendre les femmes, les enfants et les Amérindiens. Sur le site web qui est consacré à sa cause en canonisation, on peut y lire qu’elle "eut même de nombreuses rencontres avec le célèbre "Billy the Kid" et sa bande de hors-la-loi"!

"Elle dissuadait des foules d’hommes armés de se faire justice eux-mêmes et aidait les criminels à demander pardon à leurs victimes, allant jusqu’à sauver un homme de la pendaison en facilitant la réconciliation entre lui et l’homme qu’il avait abattu avant de mourir”, raconte encore le site. L'une des caractéristiques marquantes de la vie de sœur Blandina est sa confiance audacieuse en la providence divine : elle remettait tous ses besoins entre les mains de Dieu, lui permettant de pourvoir à tous ses besoins. Sœur Blandina Segale meurt à l'âge de 91 ans, le 23 février 1941 à Cincinnati, dans l'Ohio, et laisse derrière elle un magnifique héritage de l'engagement de toute une vie au service des plus pauvres. Gageons que sa future canonisation mette en lumière la beauté d’une longue vie donnée aux autres et à la recherche de la paix, plus lumineuse et édifiante qu’une légende violente telle que Billy the Kid.


aleteia

dimanche 16 août 2026

Léon XIV: Sainte Agathe aide à contempler la victoire de l’amour sur la mort

 



Le Pape Léon XIV a adressé une lettre au cardinal Secrétaire d’État Pietro Parolin, nommé légat pontifical pour les célébrations des 16 et 17 août à l’occasion du 900e anniversaire du retour des reliques de la martyre à Catane.

«Dans le martyre de sainte Agathe, illustre exemple de fidélité au Christ et d’amour jusqu’au don total de soi, la communauté ecclésiale contemple la victoire de la grâce sur la violence, de la foi sur la peur et de la charité sur la mort». C’est ce qu’écrit le Pape dans la lettre adressée au cardinal Secrétaire d’État Pietro Parolin, nommé légat pontifical pour les célébrations prévues les 16 et 17 août 2026, à l’occasion du IXe centenaire du retour des reliques de la martyre sainte Agathe à Catane.

Tuée sous la torture alors qu’elle était encore adolescente pour n’avoir pas renié sa foi lors des persécutions antichrétiennes déclenchées par l’empereur romain Dèce au IIIe siècle, sainte Agathe a pris part à la Pâque du Christ, écrit Léon XIV, et resplendit comme un «témoignage lumineux de la force que le Seigneur insuffle à ceux qui persévèrent fermement face aux tentations et aux épreuves».

Mémoire chrétienne du peuple

La «Santuzza», comme on appelle sainte Agathe à Catane, dont elle est la patronne, reste donc une «présence vivante qui préserve la mémoire chrétienne du peuple et l’appelle à une vie conforme à l’Évangile, ainsi qu’à l’espérance et à la charité», rendant visible la communion des saints et «renforçant chez les fidèles la conscience que l’Église pèlerine sur terre est soutenue par l’intercession et l’exemple de ceux qui ont déjà pris part à la gloire céleste».



vatican news

vendredi 14 août 2026

Jésus aussi passait du temps à table

 

NOCES-DE-CANA-GODONG

Crédit : Philippe Lissac / Godong

Les noces de Cana.

Noël, Pâques, les vacances d'été... Toutes ces périodes sont l'occasion de grandes tablées et d'heures, parfois bien longues, autour d'un repas festif. Mais tout au long de sa vie, Jésus ne rechignait pas à participer à des banquets, comme nous. Vraiment comme nous ? 

Les grandes fêtes et les moments de rassemblement sont souvent associés à de grandes tablées et à de longs repas. Ils peuvent pourtant sembler paradoxaux aux esprits les plus scrupuleux : comment concilier la célébration de valeurs d’humilité, de simplicité et de partage avec l’abondance d’un repas festif ? 

La question se pose, mais une part de la réponse est assurément à trouver dans la vie même du Sauveur devenu grand. Le Christ, effectivement, passe son temps à table. Ou, tout du moins, une partie importante. Ce qui est d’abord une rupture avec le judaïsme de son temps qui, respectant les préceptes du Lévitique, sépare le pur de l’impur, par des pratiques rituelles mais pas seulement. Être attablé avec une personne impure est également impossible : malades, prostituées, collecteurs d’impôts…

"Comment ! Il mange avec les publicains et les pécheurs !" (Mc 2, 16) s’étonnent ainsi les pharisiens. Ce n’est pas le moindre des bouleversements opérés par la venue du Messie. Il l’explique lui-même, à propos non des convives mais des mets : "Les invités de la noce pourraient-ils jeûner, pendant que l’Époux est avec eux ? Tant qu’ils ont l’Époux avec eux, ils ne peuvent pas jeûner. Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors, ce jour-là, ils jeûneront. Personne ne raccommode un vieux vêtement avec une pièce d’étoffe neuve ; autrement le morceau neuf ajouté tire sur le vieux tissu et la déchirure s’agrandit. Ou encore, personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; car alors, le vin fera éclater les outres, et l’on perd à la fois le vin et les outres. À vin nouveau, outres neuves." (Mc 2, 19-22)

Tout repas parle du Royaume

Voilà la loi nouvelle du Royaume advenu avec la naissance de Jésus, qui accomplit sans modifier. Qui donne tout son sens à la loi ancienne. Ainsi les prescriptions mosaïques, nombreuses, à propos des repas ou non, trouvent-elles leur sens dans l’amour, de Dieu et du prochain. Le Messie ne répond-il pas, à ceux qui lui reprochent de partager sa table avec des pécheurs, "ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin […], je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs" (Mt 9, 12-13) ? La commensalité est donc ici un message : Dieu est miséricorde, et la miséricorde se moque du jugement.

Le repas est aussi le signe de la vie éternelle, quand tous ceux qui auront accueilli le salut partageront la même condition, divine, avec le Créateur. Cette béatitude, qui commence le jour du baptême, est manifestée par le Fils de manière particulière par le banquet des noces de Cana. "Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit" (Jn 2, 11) explique par exemple le disciple bien-aimé au début de son évangile. Le vin de la nouvelle alliance, partagé par les convives, est celui de la grâce répandue par les sacrements et qui ouvre aux réalités d’en-haut. À table, donc, c’est le Royaume, présent dans l’eucharistie, attendu dans la Gloire, qui est rendu plus concret. Reste à le vivre, entre la tranche de saumon et le toast de foie gras.


vatican newns

mardi 11 août 2026

Saint Éphrem le Syrien, « la harpe du...............



EPHREM

Surnommé "la harpe du Saint-Esprit", le théologien-poète saint Éphrem le Syrien reste une figure emblématique pour l'Église latine comme pour les Églises orientales.

Saint Éphrem le Syrien (306-373) de Nisibe, une ville du sud-est de la Turquie, est un des grands théologiens des premiers siècles du christianisme. Il fut diacre et le resta par amour du service et par humilité. Surnommé "la harpe du Saint-Esprit", en raison de la beauté de ses poèmes composés en syriaque, il composait des hymnes pour instruire les chrétiens qui ne savaient pas lire et pour entretenir leur foi. Il est à l’origine de la pratique du chant liturgique, expression de la prière de l’assemblée pendant la messe. Et auteur d’un nombre considérable d’ouvrages, rédigés en langue syriaque puis traduits en plusieurs langues, qui lui ont valu le titre de docteur de l’Église, proclamé par le pape Benoît XVI, en 1920.

De Nisibe à Edesse

Éphrem s’est converti au christianisme à l’âge de 18 ans. Lancé dans la prédication et l’enseignement de la doctrine sacrée par l’évêque local qui l’avait pris sous son aile, il mit très vite à profit ses talents de poète et musicien en composant des hymnes et commentaires bibliques qui gagnèrent les cœurs et les esprits du peuple. Puis il y a eu l'invasion perse et, en 363, lui et son école théologique tout juste fondée sont partis s’installer à Edesse dans l'Empire romain. Se heurtant à un grand nombre de philosophies et de religions rivales qui se proclamaient chacune comme la vraie Église. La confusion était grande, mais, Ephrem le théologien poète a eu l’idée d’écrire d’autres hymnes qui séduisent les chrétiens. Il les a adaptés aux mélodies populaires syriaques. Le succès fut immédiat, de même que pour toutes les homélies et les commentaires bibliques qu’il rédigeait en même temps.

L’art de saint Éphrem est d’avoir réussi à "concilier d'une manière unique la vocation du théologien et celle du poète", explique Benoît XVI, dans une catéchèse qu’il lui a consacrée tout spécialement en 2007. Entre ses œuvres polémiques, ses commentaires bibliques, ses œuvres en prose poétique, ses homélies en vers, et enfin ses hymnes — son œuvre probablement la plus vaste — ce docteur de l’Église est aux yeux du Saint-Père "le plus grand poète de l'époque patristique" qui a su approfondir la réflexion théologique, en se servant de paradoxes et d’images. Et en grand compositeur et musicien qu’il était, sa théologie est devenue liturgie et musique. Chez lui, théologie, réflexion sur la foi, poésie, chant, louange de Dieu. "Tout cela va de pair", relève Benoît XVI. Et si Éphrem suit "le chemin du paradoxe et du symbole", c’est pour mieux "souligner le mystère de Dieu". Tout comme il se sert de ses hymnes pour diffuser la doctrine de l’Église, à l'occasion des fêtes liturgiques. Et, au fil du temps, ceux-ci deviennent un moyen de catéchèse extrêmement efficace pour la communauté chrétienne.

Un serviteur toute sa vie

Quant au fait qu’Éphrem n’ait jamais voulu aller jusqu’au sacerdoce, mais rester diacre toute sa vie, Benoît XVI y voit "un choix emblématique", révélateur de son désir de "servir, dans les offices liturgiques comme dans l'amour du Christ qu'il chantait... mais aussi dans la charité envers les frères qu'il ouvrait avec grande maîtrise à la connaissance de la Révélation". Éphrem menait en effet, au sein du monde, une vie marquée par l'ascétisme, la contemplation et la charité. C'est d'ailleurs en se dévouant auprès de pestiférés, lors d'une épidémie, qu'il contracta la maladie et en mourut en l'an 373.

Saint Éphrem est également connu pour être le premier chantre de Marie, et pour être resté l’un des plus grands. On lui reconnait un recours humble, douloureux, tendre et confiant à Marie, que nul autre n’aura avant longtemps. Aujourd’hui encore résonnent ses paroles : "Le jour où Marie accepta la volonté de Dieu, elle est devenue le ciel qui porte Dieu. En elle, se sont établies toutes les paroles des prophètes et des justes. Elle est le cep de vigne qui a porté la grappe".


aleteia

ces papes qui ont résidé en France

  Crédit : Musée Thyssen-Bornemisza Giovanni di Paolo, Sainte Catherine de Sienne devant le pape Grégoire XI à Avignon, Madrid, Musée Thysse...