dimanche 29 mars 2026

Vice de forme en première instance dans le procès sur les fonds du Saint-Siège

 





Une ordonnance de la Cour d’appel du Vatican publiée ce mardi 17 mars prononce la «nullité relative» du verdict rendu en première instance dans le procès de la gestion des fonds du Saint-Siège. La prochaine audience, fixée au 22 juin, devra prendre en compte des documents de l’instruction omis dans le premier procès.

La Cour d'appel de l'État de la Cité du Vatican a ordonné l'annulation partielle du procès en première instance concernant la gestion des ressources financières du Saint-Siège, tout en confirmant la validité juridique du jugement initial.

Dans une ordonnance rendue mardi, sous la présidence de Mgr Alejandro Arellano Cedillo, la Cour a ordonné la répétition de certaines phases du procès, notamment le réexamen de certains témoins et éléments de preuve, et a identifié des vices de procédure qui doivent être corrigés en appel.

Dans un arrêt de 16 pages, la Cour a estimé que les procureurs du Vatican avaient commis des vices de procédure qui invalidaient l'acte d'accusation initial contre le cardinal Angelo Becciu et les autres prévenus, et a ordonné la tenue d'un nouveau procès.

Dans le même temps, la Cour a précisé que l'annulation partielle du procès n'invalidait pas l'ensemble de la procédure en première instance. Tant le procès que le jugement conservent leurs effets juridiques, notamment en ce qui concerne les prévenus qui ont été acquittés et pour lesquels aucun recours valable n'a été formé.


Un élément central de l'ordonnance est l'obligation de divulguer intégralement le dossier de l’accusation. Le Bureau du Promoteur de justice a reçu pour instruction de déposer, d'ici le 30 avril 2026, la version complète de tous les actes et documents de la phase d'instruction, garantissant ainsi à la défense un accès complet aux pièces précédemment contestées.

Les parties auront jusqu'au 15 juin pour examiner la documentation et préparer leurs conclusions. Une audience est prévue le 22 juin afin de fixer le calendrier de la suite de la procédure.

La Cour a également examiné les objections soulevées par la défense concernant le traitement de certains rescrits du Pape François émis au cours de l’enquête. Tout en réaffirmant la légitimité de ces actes en tant qu’expression de l’autorité du Souverain pontife, la Cour a noté que l’absence de publication en temps utile d’un rescrit a pu affecter la validité de certaines mesures d’enquête adoptées sur cette base.

En revanche, les arguments invoquant des violations des normes internationales en matière de respect des garanties procédurales, y compris celles découlant de la Convention européenne des droits de l'homme, n'ont pas été retenus, étant donné que ces instruments ne sont pas formellement intégrés dans l'ordre juridique du Vatican.

Cette décision marque une évolution procédurale visant à renforcer les garanties procédurales, tout en permettant à l'affaire de se poursuivre dans un cadre probatoire révisé au stade de l'appel.


vatican news

mercredi 25 mars 2026

Catherine de Suède, l’étoile du Nord

 


catherine-brigitte-suede

Sainte Catherine de Suède 1322-1381) avec sa mère sainte Brigitte de Suède, gravure XIXe siècle

Malheur aux malandrins qui s’en prenaient à Catherine de Suède : ils perdaient la vue ! Le Ciel ne ménagea pas sa peine pour protéger la belle et pieuse princesse venue du Nord de la convoitise de ses prétendants. L’Église fête sa mémoire le 24 mars.

Rome, au XIVe siècle, n’est pas un endroit paisible ; crimes et émeutes y sont fréquents et nul, pas même le Pape et les cardinaux n’y sont en sécurité, raison pour laquelle ils finiront par s’installer en Avignon, sous la protection du roi de France.

Cette question du retour du souverain pontife dans la ville intéresse toute la catholicité et certains, à commencer par l’ordre dominicain, font de cette cause l’une de leurs préoccupations majeures, comptant sur l’influence spirituelle de quelques grandes figures mystiques capables, car mandatées par Dieu, d’en imposer à la papauté. 

Elle aurait préféré le couvent

Parmi ces inspirés du Ciel, et avant Catherine de Sienne, qui lui succèdera dans cette mission, figure une très grande dame, apparentée à la famille royale de Suède, Brigitte. Contre ses aspirations personnelles, qui la poussent vers le cloître, Brigitte a été mariée à treize ans au seigneur gouverneur du Gotland, le prince Ulpho de Néricie, et huit enfants sont nés de leur union, quatre garçons et quatre filles.

L’une d’elles, Ingeborg, est entrée en religion, mais ses trois sœurs ont été mariées dès qu’elles en ont eu l’âge. Si les deux aînées semblent heureuses de leur sort et tiennent leur rang à la cour, la troisième, Catherine, aurait préféré le couvent. Pourtant, sa très pieuse mère est allée contre ce choix, par obéissance envers son époux et sans doute au nom de considérations politiques rendant cette union nécessaire… Catherine n’a pas eu le choix ; elle a épousé le noble Edgar que son père et le roi lui destinent. 

L’adolescent est-il plus satisfait qu’elle de cette union imposée ? Peut-être pas puisque, à en croire ses hagiographes, Catherine, le soir de ses noces, aurait convaincu son jeune époux de ne pas la toucher, respectant son vœu de virginité, et de vivre avec elle un mariage blanc. Edgar a d’autant plus de mérite à accepter cet arrangement que sa jeune femme est remarquablement belle, malgré tout le mal qu’elle se donne pour s’enlaidir et s’habiller en pauvresse.

En 1344, Ulpho meurt, laissant Brigitte veuve, riche et libre de ses mouvements ; libre, surtout, d’obéir aux injonctions du Ciel qui lui demande de se rendre à Rome. Pour ce long voyage, elle décide d’emmener Catherine avec elle, Edgar n’y trouve rien à redire.

Le recours à l’enlèvement

Reste qu’emmener cette jeune femme d’une vingtaine d’années, aux yeux bleus et aux cheveux de lin, d’une beauté nordique foudroyante, dans cette Rome de tous les dangers est d’une rare imprudence. Brigitte considère-t-elle que les saints liens du mariage et leur parenté avec la famille royale suédoise suffisent à les protéger ?

En ce cas, elle se trompe : la très haute naissance de sa fille, la fortune qui l’accompagne alliées à tant de charme vont susciter la convoitise de l’aristocratie romaine dès que Catherine se sera montrée en public. Sa seule sauvegarde est son statut d’épouse mais voilà que, peu après leur installation, la nouvelle de la mort d’Edgar les rejoint. Catherine est veuve, donc susceptible de se remarier, et les offres ne vont pas manquer. Fidèle à son vœu de chasteté, elle les décline toutes, au grand dam des prétendants…

Depuis l’Antiquité, l’usage est bien ancré dans les mœurs romaines, ailleurs aussi au demeurant ; un prétendant évincé possède un dernier recours, déplaisant, brutal, mais efficace : l’enlèvement de la femme convoitée. Ce rapt étant en général suivi d’un viol, la famille de la victime n’a plus d’autre choix que consentir au mariage avec le ravisseur puisque, de toute façon, aucun parti ne se présentera plus après un tel scandale. Voilà sur quoi comptent les seigneurs romains et italiens qui se sont mis sur les rangs pour obtenir la main de la sublime Suédoise. 

Sauvée par un cerf

Ignorant ces pratiques, Brigitte ne s’alarme pas pour sa fille et la laisse, accompagnée de dames de compagnie et de servantes, se promener dans Rome à sa guise pour ses dévotions. Un matin que Catherine se rend à la basilique Saint-Sébastien hors-les-murs, un seigneur romain l’enlève.

La situation semble désespérée quand, soudain, dans ce quartier excentré, campagnard encore, un cerf surgit des buissons ; le suborneur, passionné de chasse, en oublie la proie qu’il vient de ravir et, prenant le change, se lance à la poursuite de ce nouveau gibier, oubliant la jeune femme au bord du chemin. Bien entendu, Catherine en profite pour s’enfuir et rentrer chez sa mère. En apprenant l’incident, Brigitte s’écrie : "Béni soit, mon enfant, ce cerf dont le Ciel s’est servi pour vous délivrer de cet affreux péril !"

Notre chasseur n’a pas, cependant, renoncé à la biche qu’il a si maladroitement courue. À quelques jours de là, Catherine, flanquée de sa mère cette fois, se rend selon l’usage pieux de faire le tour des basiliques durant la Semaine Sainte, à Saint-Laurent hors-les-murs, quartier tout aussi désert que le précédent. Cette fois, nul gibier ne surgit pour distraire le ravisseur qui se saisit de la jeune femme lorsque, soudain, il s’écroule, hurlant de panique : il vient de perdre la vue, et ne la recouvre que lorsque Brigitte et Catherine daignent prier Dieu de lui pardonner et lui rendre un sens dont il a mésusé. Elles sont exaucées. La leçon a-t-elle portée ? À Rome oui, où l’histoire s’est répandue, mais pas à l’extérieur.

Frappés de cécité

Alors que mère et fille se rendent en pèlerinage à Assise, un autre seigneur tente de s’emparer de Catherine dans l’auberge où elles passent la nuit. Il s’est fait entourer d’une troupe nombreuse de condottieri, personnages de sac et de corde, tantôt soldats tantôt brigands mais toujours infréquentables en raison de leur violence et leur cruauté.

À l’instant où ils tentent d’enfoncer la porte, une voix terrible retentit, venue de nulle part, accompagnée d’un grand fracas d’armes qui crie de courir sus à ces malandrins, s’en saisir et les pendre. Ils prennent la fuite. Le jour venu, honteux de leur panique et tancés par leur commanditaire, ces soudards tendent un guet-apens aux voyageuses mais sont à leur tour brusquement frappés de cécité et celles qu’ils cherchent passent sur la route devant eux sans qu’ils les voient…

Après cela, on finit par laisser la noble veuve scandinave tranquille. Catherine ne quittera pas sa mère jusqu’à son décès, en 1373, l’accompagnant dans ses pérégrinations. À la mort de Brigitte, elle rentrera en Suède fonder un couvent selon la règle écrite par la défunte, puis repartira pour Rome afin de témoigner au procès de canonisation de sa mère. Au bout de cinq années, elle regagnera son monastère de Watzen où elle mourra le 24 avril 1381. On dit qu’une étoile surnaturellement apparue a brillé sur son cercueil jusqu’à sa mise en terre.




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