vendredi 24 juillet 2026

la sainte que Dieu a canonisée lui-même

 


La Mort de Germaine Cousin (1579-1601), la Vierge de Pibrac, vers 1863 (huile sur toile). Contrainte de dormir dans une étable. Tableau d'Alexandre Grellet.

À l’ouest de Toulouse, le sanctuaire de Pibrac renferme les reliques de sainte Germaine Cousin, l’une des saintes les plus originales de l’histoire de l’Église. C’est aussi l’une des plus universelles parce qu’elle ressemble aux innombrables hommes et femmes à qui personne ne prête jamais attention.

Une des singularités de sainte Germaine de Pibrac (1579-1601), que nous fêtons le 15 juin, tient à l’originalité du processus ayant abouti à sa canonisation. Généralement, pour qu'un homme ou une femme, soit déclaré(e) saint(e) par l'Église, deux conditions sont requises : la première, évidente, est la sainteté de l'impétrant. La seconde condition veut que ce dernier soit reconnu saint par une partie de ses contemporains. En effet, si personne ne vous considère comme un saint de votre vivant, qui portera votre cause à Rome une fois que vous serez retourné à Dieu ? 

Pour l'Italie du XIIe siècle, il ne faisait aucun doute que François d'Assise était un saint bien avant qu'il ne meure et que le pape ne le canonise. Saint Benoît-Joseph  Labre, lui, fut canonisé par le peuple de Rome dès le jour de sa mort, le 16 avril 1783 — ce qui signifie que le peuple romain avait reconnu en lui, de son vivant, un authentique ami de Jésus-Christ. Et qui soutiendra que la sainteté de Thérèse de Lisieux n'ait pas éclaté, aux yeux de ses contemporains, bien avant qu'elle n'"entre dans la Vie", selon ses propres termes ? Sans cela, sa supérieure lui aurait-elle demandé d'écrire son autobiographie ?

Le corps de Germaine retrouvé intact 40 ans après sa mort 

Si Germaine remplit la première condition, en revanche elle ne coche pas la seconde case. Non, elle n'a pas été reconnue comme une sainte par ses contemporains ! Dès lors, comment l'Église a-t-elle pu la canoniser ? C’est ici que Dieu intervient. Car c’est Lui qui va se charger de mener à bien, par sa providence et la médiation d’hommes de bonne volonté, le processus qui l’élèverait sur les autels. Reprenons le fil des événements. 

Germaine meurt, isolée, ignorée et délaissée de tous, en 1601. La jeune bergère est enterrée à l'intérieur de l'église paroissiale de Pibrac, "en sépulture ecclésiastique" comme on disait à l’époque. Elle fut vite oubliée. Quarante ans après son décès, on décide de porter en terre, à la même place dans l’église, une autre personne. À cette fin, on creuse à l'endroit où repose Germaine. Et que découvre le fossoyeur ? Enveloppé d’un linceul (c’est ainsi qu’on enterrait les morts en "sépulture ecclésiastique"), le corps intact d’une jeune femme à la main déformée, au visage rose, d’une fraîcheur stupéfiante, comme s’il avait été mis en terre la veille ! 

Son corps déclenche des souvenirs

Devant ce prodige, les habitants les plus anciens de Pibrac tentent de se souvenir pour identifier la personne à qui appartient ce corps. Mais oui ! C'était la petite souffreteuse de la ferme située à l'orée de la forêt de Bouconne. Germaine Cousin. La bergère. La souffre-douleur de sa marâtre. Les langues se délient. Un corps intact ! Pourquoi un tel prodige ? Et si… la petite bergère était une sainte ?

Peu de saints ont été aussi esseulés qu'elle. Ce qui explique que sitôt enterrée, personne ne se soit soucié d'elle. Délaissée, Germaine portait cependant secours à plus infortuné qu’elle, tant sa charité était héroïque, greffée qu’elle était sur Jésus-Christ. 

Devant ce corps intact, les vieillards de Pibrac se souviennent maintenant d’une jeune fille bonne, pieuse, charitable, qui rendait le bien pour le mal. Une esseulée qui se rendait à la messe le plus souvent qu’elle pouvait, fidèle à saluer Notre-Dame au premier coup de l’Angelus.  

Seule jusque dans la mort

Je vous fais grâce des autres péripéties qui conduiront à la canonisation, en 1867, de notre sainte, plus de deux siècles après sa mort. Ce qu'il faut surtout retenir de ce long intervalle de temps qui court entre la mort de Germaine et sa canonisation, c'est que Dieu a pris Lui-même les choses en main pour parvenir à ce résultat. Et pour commencer ce long processus, S'Il n'avait pas conservé son corps intact durant quarante ans après sa mort, il n’y aurait jamais eu de sainte Germaine de Pibrac !

Ainsi, Germaine ne doit pas d'avoir été portée sur les autels à ses contemporains mais à Dieu. Telle est la première singularité de la pastourelle de l'Ouest toulousain. La seconde tient à son délaissement. Peu de saints ont été aussi esseulés qu'elle. Ce qui explique que sitôt enterrée, personne ne se soit soucié d'elle et qu'il ait fallu un effort de remémoration de la part des anciens du village pour identifier la personne à qui appartenait le corps découvert, dans l'église paroissiale, quarante ans après sa mort. 

Patronne des personnes souffrant de solitude

Persécutée par sa marâtre, Germaine était délaissée dans sa propre famille (elle avait perdu ses parents très jeune). Elle en était réduite à coucher sous l'escalier de la ferme, dans une soupente superficielle où elle mourut ! Sa marâtre ne souhaitait pas que ses fils la fréquentent et les éloignait d'elle comme d'une bête contagieuse… Délaissée, Germaine portait cependant secours à plus infortuné qu’elle, tant sa charité était héroïque, greffée qu’elle était sur Jésus-Christ. 

Telle fut l’existence de cette sainte à qui l’on pourrait, sans conteste, confier le patronage et la protection de toutes les personnes délaissées et souffrant de solitude. Elle fut une parfaite incarnation des Béatitudes.


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mercredi 22 juillet 2026

Saint Justin, le philosophe qui a........

 

Saint Justin.


Il aura cherché partout, auprès de toutes les écoles de pensée, la vérité qui libère, et il la trouvera dans la personne de Jésus Christ sans pour autant renoncer à la quête philosophique. Justin mourut martyr de la vérité en 165. L’Église le fête le 1er juin.

"Qu’est-ce que la Vérité ?" Cette question que Pilate pose au Christ pourrait résumer à elle seule et l’authentique recherche, par beaucoup d’âmes sincères, de la lumière divine, et l’incapacité, pour les philosophies païennes, d’y apporter une réponse vraie. Cette quête, dans les années 130, hante un étudiant palestinien nommé Justin. Il n’aura de cesse de trouver la réponse à ses interrogations et, quand il l’aura trouvée, il ne cessera plus de vouloir la communiquer à tous ceux qui l’entourent. Jusqu’au martyre.

Ils ne lui apprenaient rien sur Dieu

Né à Naplouse, l’ancienne Sichem de Samarie vers 103, Justin descend de l’une de ces familles païennes qui se sont installées dans la région après l’écrasement des révoltes juives contre Rome. D’origine grecque, il est très jeune passionné de philosophie mais pas n’importe laquelle : celle qui lui révélera, avec les secrets de la Création, l’identité du Créateur. Encore faut-il trouver le maître susceptible de lui apprendre cette science des sciences et lui en transmettre les certitudes, besogne d’autant plus ardue que les philosophes se conçoivent plus volontiers comme des poseurs de questions que comme des dispensateurs de réponses, une démarche qui ne saurait satisfaire le jeune homme.

Il s’inscrit d’abord aux cours d’un stoïcien, doctrine dont la morale exigeante est souvent tenue pour la plus proche de la pensée chrétienne mais l’expérience est décevante :

Ayant passé bien du temps en sa compagnie mais constatant qu’il ne m’apprenait rien sur Dieu car lui-même n’en savait rien et prétendait cette connaissance inutile, je le quittai et allai voir un péripatéticien qui se tenait pour un esprit supérieur. Au bout de quelques jours, il me demanda combien je comptais débourser en échange de son enseignement. Je le quittai aussitôt, ne pouvant croire qu’un esprit aussi bassement intéressé puisse se prétendre philosophe…

C’est l’usage, compréhensible au demeurant, car il faut bien que ces professeurs vivent, philosophes ou pas, que les étudiants paient d’avance le cursus. Justin n’en a sans doute pas les moyens mais il ne se décourage pas pour autant. On lui recommande un pythagoricien, disciple d’une autre école philosophique qui, là encore par certains côtés, pourrait conduire au christianisme mais, face à l’étudiant potentiel, soupçonné de n’avoir pas un sou, le maître oppose la longueur et la difficulté des études à venir, impliquant de connaître la musique, l’astronomie, la géométrie, sciences sans lesquelles l’on ne saurait prétendre approcher du divin. Découragé, Justin se rend chez un platonicien qui lui promet, ne doutant de rien, de lui révéler Dieu et même de le lui montrer ! Séduit, le jeune homme s’attache à ce maître, au demeurant brillant et dont l’enseignement ne lui sera pas inutile mais, au bout de quelques mois, la révélation promise n’est pas au rendez-vous et Justin commence à désespérer. 

Il enseigne gratuitement

Un jour qu’il se promène seul sur la plage, un homme âgé qu’il n’a jamais vu l’aborde et lui dit, bien qu’il ne le connaisse pas, qu’il fait fausse route. Pour grands qu’aient été Platon ou Pythagore, que le garçon admire, ils n’ont jamais trouvé Dieu et ne peuvent donc le révéler à leurs disciples. L’unique voie pour le connaître et le rejoindre est de se faire chrétien car Jésus seul est la Voie, la Vérité, la Vie. Ayant dit cela, le vieil homme disparaît comme il est venu et toutes les recherches de Justin ne lui permettront point de le retrouver, de sorte qu’il finira par penser, à juste raison peut-être, avoir parlé à son ange gardien. Et Justin, en effet, se rapproche des chrétiens, se plonge dans l’étude des Écritures, s’en  pénètre, demande et obtient le baptême avant d’être probablement ordonné prêtre ou au moins diacre, vers 137.

Sa conversion ne l’a pas écarté de la philosophie ; il l’a simplement remise à sa vraie place de "servante de la théologie", puisque son rôle est de conduire à Dieu, non de prétendre substituer sa sagesse à la Sienne. Étudiant, Justin s’est scandalisé que l’on veuille être payé pour enseigner la vérité. Fidèle à ses convictions, il enseignera gratuitement à tous ceux qui voudront prendre la peine de l’écouter. Il le dit, sans crainte d’une société et d’un pouvoir de plus en plus hostiles à la doctrine chrétienne et qui n’hésitent pas à envoyer au bourreau ceux qui la prêchent : "Notre devoir est de faire connaître à chacun notre doctrine, afin que les fautes de ceux qui pèchent par ignorance ne nous soient pas imputées et que nous ne soyons pas condamnés à cause d’elles." "Je n’ai en vue que d’enseigner la Vérité. Je la dirai sans crainte, dussè-je être massacré et mis en pièces dans l’instant à cause d’elle."

Pas l’ombre du plus petit doute !

Il ne manquera jamais à cet engagement, osant, alors que la loi interdit de prêcher le christianisme, affronter sur la place publique des philosophes païens dont il réduit à néant les discours creux et vains. L’un d’entre eux, nommé Crescens, ridiculisé par les discours et les écrits de Justin, faute d’arguments philosophiques à lui opposer, décide de se débarrasser de lui une fois pour toutes, en le dénonçant au préfet de Rome. Arrêté avec ses convertis, hommes et femmes, en avril 163, Justin utilise cette ultime tribune pour exposer, au cours de son interrogatoire, une dernière fois cette vérité qui est au cœur de son existence :

J’ai successivement étudié toutes les sciences puis me suis finalement attaché à la doctrine chrétienne bien qu’elle déplaise à ceux qui sont enchaînés dans l’erreur…

Le magistrat verra dans cette déclaration une attaque sournoise contre l’empereur Marc Aurèle, philosophe incontestable, stoïcien, désespérément incapable d’atteindre une vérité qu’il a renoncé à chercher, la jugeant au-delà des possibilités humaines et très remonté contre ces chrétiens qui s’imaginent capables de la trouver et affichent leurs certitudes quand lui se noie dans le doute et l’angoisse. Cela suffira à expédier Justin, docteur "en fausse science" à la mort avec ses élèves, Chariton et Charité, Evelpistus, Hiérax, Péon, Liberianus. Avant de les condamner, confondu devant ce qu’il prend pour une insondable sottise, le préfet demande une dernière fois : "Tu penses donc monter au Ciel y recevoir une récompense éternelle ?" et Justin de répondre, magnifique : "Non, je ne le pense pas, je le sais ! J’en suis même tellement certain que je te garantis n’éprouver pas l’ombre du plus petit doute à ce sujet !" C’est toute la différence, insondable, entre la foi et la philosophie. À l’annonce de leur condamnation, Justin et ses amis s’écrieront en chœur : "Deo gratias !"



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la sainte que Dieu a canonisée lui-même

  Bridgeman Images / Bridgeman Images via AFP La Mort de Germaine Cousin (1579-1601), la Vierge de Pibrac, vers 1863 (huile sur toile). Cont...