Dix ans après son assassinat par des terroristes en pleine messe, le père Jacques Hamel n'est pas oublié. Les 25 et 26 juillet, le diocèse de Rouen consacre deux journées de mémoire et de prière au prêtre de Saint-Étienne-du-Rouvray, dont la cause de béatification suit son cours à Rome.
Il y a dix ans, le 26 juillet 2016, la France découvre avec stupeur l'assassinat du père Jacques Hamel dans son église de Saint-Étienne-du-Rouvray. Ce matin-là, le prêtre auxiliaire âgé de 85 ans célèbre la messe quand deux islamistes de 19 ans, Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean, font irruption dans l'église, prennent des otages et égorgent le vieux prêtre devant l'autel. Un paroissien, Guy Coponet, est grièvement blessé à la gorge. Les deux assaillants, qui revendiquent l'État islamique, sont abattus par la BRI à leur sortie de l'église. L'attentat, survenu deux semaines après la tragédie de Nice, plonge la France dans un deuil profond.
Dix ans après, le diocèse de Rouen organise deux journées de mémoire et de prière, les 25 et 26 juillet 2026. Dès le samedi après-midi, l'église Saint-Étienne ouvre ses portes pour un accueil continu : les fidèles pourront se recueillir sur le lieu du martyre et feuilleter un livre d'or. Le soir, la cathédrale Notre-Dame de Rouen accueille l'inauguration d'une exposition en sept panneaux retraçant la vie et le ministère du prêtre, suivie d'une veillée-mémoire musicale et littéraire, "Jacques Hamel en parole et en acte", avec Philippe Tailleux et le père Jacques Simon. L'exposition restera visible jusqu'au 31 août.
Le dernier trajet du père Hamel
Le dimanche 26 juillet, jour anniversaire exact, le programme s'annonce solennel. À 9h30, une marche silencieuse permettra de refaire ensemble le dernier trajet du père Hamel jusqu'à son église. Le parvis sera officiellement baptisé "Parvis Père Jacques Hamel" par le maire Joachim Moyse. À 11h, le cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille et président de la Conférence des évêques de France, présidera la messe, retransmise en direct par Le Jour du Seigneur. Discours des autorités civiles et religieuses suivront devant la stèle de la paix. La journée s'achèvera par un recueillement sur la tombe du père Hamel au cimetière de Bonsecours (15h30) et les vêpres à la basilique Notre-Dame de Bonsecours (16h30).
Une cause en béatification du père Hamel a été ouverte dès 2017 avec une dispense exceptionnelle du pape François. Elle a donné lieu à un dossier de 11.500 pages — homélies, témoignages, lettres — transmis au Vatican pour examen. Depuis, la cause est à l'étude au Vatican : le père Hamel ayant été tué in odium fidei ("en haine de la foi"), sa reconnaissance comme martyr suffirait à ouvrir la voie à sa béatification, sans qu'un miracle soit requis. Sa tombe à Bonsecours, dans le carré des prêtres, est devenue un lieu de pèlerinage où des fidèles viennent régulièrement prier.
Il y a 10 ans, le 26 juillet 2016, le père Jacques Hamel, curé de la paroisse de Saint-Etienne du Rouvray, dans le nord de la France, était assassiné lors d’une prise d’otages, égorgé par deux terroristes ayant fait allégeance à l’État islamique. Un fidèle, qui participait à la messe, avait été sérieusement blessé.
Plusieurs hommages sont rendus en France à l’occasion du 10ème anniversaire de l’assassinat du père Jacques Hamel, dans son église le 26 juillet 2016. Des initiatives interreligieuses axées sur la connaissance de l’autre entre Chrétiens et musulmans, des expositions, des temps de prière et de partage sont organisés notamment à Saint-Étienne-du-Rouvray. Le cardinal Jean-Marc Aveline, président de la Conférence des évêques de France, présidera une messe, retransmise, dimanche, par les chaines de télévision du service public.
Si aujourd’hui le travail de mémoire est important pour les jeunes générations, il faut aussi prendre acte qu’en 10 ans, les relations entre chrétiens et musulmans en France ont évolué, bien que beaucoup de chemin reste à faire et que la méfiance est sujette à instrumentalisation. Entretien avec le dominicain Jean-François Bour, directeur du Service national pour les relations avec les musulmans.
Frère, Jean-François Bour, comment l'assassinat du père Hamel a-t-il contribué à faire avancer le dialogue islamo-chrétien?
Le dialogue entre chrétiens et musulmans, en France en tous les cas, ne peut pas se réduire à une simple relation courtoise, même avant 2016. Une relation s'est construite déjà au cours des années 1950. L'Église de France a fondé un service dédié dès 1973 pour les relations avec les musulmans, pour permettre à des acteurs chrétiens, catholiques, de se former à la connaissance de l'islam et d'entrer un peu plus dans la complexité de l'histoire musulmane, dans le détail du fonctionnement de la religion musulmane. Mais, si on veut voir une vraie bascule, il faudrait plutôt la situer déjà autour de 2001. L'attentat de New York, contre le World Trade Center, a généré une prise de conscience assez forte. À partir de ce moment-là, on essaie de comprendre pourquoi il y a des courants qui choisissent la violence terroriste, et toute une réflexion s'engage.
Et qu'est ce qui a changé, quelle est la nouvelle approche après ce premier déclic de 2001 et à la suite des attentats des années 2010 en France?
Du côté des musulmans, par exemple, il y a une sorte d'électrochoc, et pour beaucoup, c'est une souffrance car ils n'ont souvent pas du tout reçu, de la part des générations qui les précèdent, un enseignement de l'islam qui serait propice à la violence ou au chaos. Ils prennent conscience très brutalement qu’il y a des courants djihadistes, des courants terroristes. Après l'assassinat du père Hamel, nous avons vu arriver en France, des délégations de très haut niveau venues à Paris parler à des évêques et se rendre à Saint-Étienne-du-Rouvray pour présenter leurs condoléances, et déclarer leur réprobation de l'attentat.
Cet islam, qui ne s'est pas reconnu dans la violence, a-t-il pris, dans une certaine mesure, l'initiative du dialogue?
Je ne pense pas qu'on puisse dire qu'il a pris l'initiative du dialogue formellement. Mais il a compris qu'il fallait enclencher une nouvelle étape dans le processus déjà existant, au sein duquel les chrétiens en général étaient assez proactifs. Le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale qui est le porte-parole du wahhabisme de l'Arabie Saoudite au niveau mondial, est venu lui aussi à Saint-Étienne-du-Rouvray. Il a participé avec Mgr Lebrun à une veillée d'hommage. Ces dignitaires ont compris que, même s'ils étaient porteurs d'un certain conservatisme islamique, d'un certain rigorisme qui peut être propice à une forme assez offensive de l'islam, il fallait absolument développer un autre message.
N’y a-t-il pas aussi chez les chrétiens une forme de méconnaissance de l'autre qui permet d'élever assez facilement les murs de la méfiance?
On voit se lever, à l'occasion de ces drames, des personnes parfois même très simples dans la population, qui disent que cette violence ne leur correspond pas. On voit ça du côté des musulmans, du côté des chrétiens aussi et même de la part de non-croyants. Ces personnes disent qu’elles ne veulent pas de cette dérive. Un certain nombre d'entre elles ont compris qu'il fallait rejoindre des associations de dialogue et qu'il fallait montrer des signes. Je suis très touché, par exemple, par la façon dont un musulman d'origine comorienne a réalisé et offert un tableau représentant le père Hamel en train de prêcher dans son église. Des musulmans sont venus au cimetière de Saint-Étienne-du-Rouvray pour déposer des fleurs.
10 ans après, pour beaucoup de jeunes, l'assassinat du père Hamel peut apparaitre comme un événement abstrait et lointain. Quelle est l'importance de la transmission de la mémoire?
C'est certainement l’aspect le plus compliqué. Dans l'histoire du père Hamel, les musulmans l'ont bien vu, le drame de la mort d'un homme se double du tragique qui vient de l'assassinat d'un homme en acte de prière. Beaucoup de musulmans ont dit leur effroi, leur dégoût total, face à cette violence pendant une prière. Pour beaucoup de jeunes chrétiens aujourd'hui en France, on note un certain désarroi. Nous avons en France aujourd'hui, dans le monde chrétien et chez les non chrétiens, une sorte d'angoisse qui s'est qui s'est répandue jusque dans le climat politique du pays. Donc le défi éducatif aujourd'hui est très important.
Le message de dialogue, de pardon, de réconciliation, adressé au lendemain de l'assassinat du père Hamel par l'Église de France, a aussi énormément surpris et soulagé les autorités françaises...
Ça fait des décennies que nous construisons une réflexion sur l'islam, sur le dialogue islamo-chrétien en France. Ça ne date pas de 2016. Et l'Église de France fait son travail en rappelant qu'elle ne peut pas accepter que l'on rende tous les musulmans responsables de la mort du père Hamel, ni responsables de tous les actes terroristes qui ont été commis par des gens qui ont sombré dans une idéologie mortifère.
Quels seraient les obstacles qui freineraient encore un dialogue interreligieux pleinement apaisé dix ans après ce drame?
Ce qui freine vraiment le dialogue interreligieux aujourd'hui, c’est de penser qu’on a autre chose à faire dans une époque qui nous place face à de nombreux défis qui ne concernent plus seulement le dialogue inter-religieux. On est un peu tenté de baisser les bras et d’épouser une forme presque de résistance, faire de notre vie chrétienne ou de l'évangélisation un rempart contre les musulmans. Ça arrive qu'on entende ce discours. Pas chez tout le monde, heureusement. Je crois qu'il faut dépasser cela. J'encouragerai vraiment tout le monde à se retrousser les manches aujourd'hui et à croire que nous pouvons nous parler et nous comprendre. À mon avis, il faut remettre un peu d'effort dans la machine, un peu d'engagement.
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