samedi 1 novembre 2025

 



Comment se libérer de l’action invisible du Diable ?

FRESCO,SAN BRIZIO,DUOMO

Sermon et actes de l'Antichrist Fresque Chapelle de San Brizio, Duomo, Orvieto (part.)



En se déchristianisant, la fête d’Halloween a donné prise aux influences satanistes. Pour se libérer de l’action invisible du Diable, il faut démasquer les biais par lesquels il exerce son emprise, au-delà de la simple tentation. Le père Jean-Baptiste Édart, auteur de "Le Diable dans ses œuvres" (Artège), a mené une recherche originale sur les émotions et les vulnérabilités psychiques susceptibles d’être exploitées par le père du mensonge.

L’action démoniaque attire souvent la curiosité du public. Les films d’horreur mettant en scène des exorcismes trouvent un public nombreux. Le discours ecclésial a toujours refusé de mettre en lumière ces phénomènes, non sans raison. Il serait contre-productif de mettre en valeur un phénomène en marge de la vie de foi. Ce silence prudent ne doit pas faire ignorer la réalité bien présente du combat spirituel, lieu où le démon et ses sbires sont bien actifs, évitant opportunément toute manifestation trop évidente afin de pouvoir nuire sans s’exposer à une défaite certaine. Plus que les projecteurs de la rampe, ceux-ci préfèrent le clair-obscur de la tentation et de formes d’oppressions mineures, à l’identification beaucoup plus malaisée. 

Père du mensonge et père du déséquilibre

En effet, le livre de la Genèse nous montre un serpent rusé. Il sait jouer avec la psychologie d’Ève suscitant, par l’emploi de demi-vérités, la frustration et le doute sur Dieu, dont il réussit à pervertir l’image afin d’entraîner l’humanité dans sa révolte. "Vous serez comme des dieux." C’est cette ruse qu’il continue à mettre en œuvre, conscient que la psychologie blessée de l’homme est son meilleur allié pour à la fois dissimuler son action et agir efficacement. Le père du mensonge s’avère aussi être le père du déséquilibre. Mettre en lumière cette œuvre insidieuse permet de démasquer les entraves suscitées par l’ennemi et de s’en libérer. À cette fin, il paraît pertinent d’interroger la notion de "lien" souvent employée pour désigner cette action cachée, ne serait-ce qu’à travers l’expression "prière de coupure de lien". 

C’est le mensonge, ou du moins l’entrave dans l’accès à la vérité qui permet à l’ennemi d’exercer son emprise sur le monde.

La Sainte Écriture n’emploie pas cette métaphore pour parler de l’oppression démoniaque. C'est seulement dans l'Évangile selon saint Luc (13,16), dans l’épisode de la femme courbée, où Jésus dit qu’il est nécessaire de délier une femme liée par Satan depuis dix-huit ans, mais là aussi il s’agit d’une métaphore. Une étude systématique des textes où les auteurs sacrés parlent de l’action démoniaque permet de mettre en lumière la principale modalité de celle-ci. Sans surprise, c’est le mensonge, ou du moins l’entrave dans l’accès à la vérité qui permet à l’ennemi d’exercer son emprise sur le monde. Ce mensonge entretenu a pour but de faire entrer l’homme dans sa rébellion pour le conduire finalement à la désespérance. Les textes de la liturgie de l’exorcisme au long des siècles, que ce soit lors du baptême ou dans l’exorcisme majeur, confirment cela.

L’autorité divine

Cette étude initiale des sources de la théologie permet aussi de mettre en évidence comment ce pouvoir démoniaque, bien réel, reste soumis à l’autorité divine. Il en résulte qu’une telle action maléfique restera toujours contrainte par les limites fixées par la Providence divine, excluant ainsi toute fascination pour un pouvoir perçu comme illimité, perception erronée servant les desseins malveillants du singe de Dieu. 

Une action discrète sur la physiologie 

Repérer l’action du démon implique donc d’une part les biais par lesquels il pourra agir avec discrétion, d’autre part les signes qui pourront le démasquer. Si l’action du démon consiste à entraver l’accès à la vérité sur Dieu et son projet d’amour, il utilisera de préférence ce qui, dans notre nature blessée, porte atteinte à notre perception du réel. Ces mécanismes naturels sont bien connus depuis une cinquantaine d’années grâce aux sciences et à la psychologie cognitive. Ce sont les biais cognitifs, les schémas cognitifs (les fausses croyances) et les distorsions cognitives. 

Il suffira à l’ennemi d’accentuer ces phénomènes psychiques par une action discrète sur la physiologie du cerveau où s’inscrit notre psychologie. Le système hormonal, les neurotransmetteurs, etc., deviendront l’instrument avec lequel l’artiste démoniaque pourra interpréter une danse étourdissante, conduisant ses danseurs à une impression d’enfermement sans issue. La partition jouée sera celle inspirée par sa personnalité d’ange déchue, caractérisée par l’orgueil, l’envie, la haine, la colère, la tristesse, la peur et la désespérance, émotions qu’il suscitera dans l’homme afin de reproduire en sa proie ce qui est devenu son sort éternel.

Thérapie et prière de libération

L’attention à cette sarabande infernale et à ses conséquences sur la vie théologale permet de mettre en lumière cette action et de mettre fin à celle-ci par la prière de libération. La principale conséquence pour cette œuvre de délivrance est l’importance de repérer ces fausses croyances et autres mécanismes psychologiques pour permettre à la personne oppressée de reprendre autorité sur son existence avec le Christ par une prière ad hoc. La coopération entre demande de libération adressée à Dieu et aide psychologique pour réduire la fragilité psychique apparaît avec d’autant plus de force. 

Loin de s’opposer, thérapie et prière de libération s’appellent fréquemment l’une l’autre. Étant donné l’endémie des pratiques occultes qui rejoignent plus de la moitié de la population, et la fragilisation massive des psychologies, cette alliance entre sciences humaines et théologie apparaît d’autant plus urgente pour que la liberté apportée par le Christ soit perçue par nos contemporains.

 


Ce Judas, appelé Jude, qui n’est pas l’Iscariote

JUDE

Saint Jude.


L’Église fête le 28 octobre l’apôtre Jude, l’autre saint patron des causes désespérées. Qui était ce "Judas" qui n’a rien à voir avec Judas l’Iscariote ?

S’il est un saint qui a commencé avec un gros handicap dans la vie, c’est certainement l’apôtre Jude, victime à la fois de sa discrétion — on ne connaît de lui dans l’évangile qu’une seule parole rapportée par saint Jean (Jn 14,22) lors de la Cène — et par son homonymie fâcheuse avec Judas, que l’Église n’a cessé, depuis les origines, de faire oublier en l’appelant par l’un de ses surnoms. Heureusement, il en avait plusieurs ! Pourtant, au fil du temps, Jude a réussi à se tailler une place, et non des moindres, dans la piété populaire, jusqu’à devenir, notamment sur le continent américain, l’un des saints les plus priés au monde.

Est-ce pour avoir réussi à conquérir contre toute attente le cœur des fidèles qu’il est aujourd’hui vénéré, au même titre que sainte Rita, comme l’homme de la situation face à des difficultés insolubles ou des causes désespérées ? À moins que ce soit justement ce patronage qui lui ait valu tardivement les suffrages des fidèles en difficulté ! Peu importe ! Le fait est que ce personnage resté au second plan et sur lequel nous sommes finalement mal renseignés, a trouvé ses marques dans l’Église.

Un cousin de Jésus

Judas, que nous avons rebaptisé Jude pour des raisons évidentes, mais que les évangélistes appellent aussi Thaddée, ou Lebbaeus, des surnoms qui désignent "un homme de cœur", c’est-à-dire courageux et généreux, est né, rapporte la Tradition, à Banyas en Judée au tout début de notre ère. Les évangélistes font de lui l’un des douze apôtres et l’appellent "Jude de Jacques", de sorte que les spécialistes de nos jours se demandent s’il faut comprendre « fils de Jacques » ou bien, comme l’Église l’a toujours pensé, "frère de Jacques". Cela ferait de lui le frère de l’apôtre Jacques le Mineur, mais aussi, et plus probablement, celui d’un autre des Douze, Simon, dit le Zélote, pour le différencier de Simon Pierre, auquel Jude est toujours associé. Un troisième "frère" potentiel est encore cité, Joset, et ces quatre personnages sont appelés "frères du Seigneur", ce qu’il faut traduire par cousins. 

Il y aurait donc entre Jude et Jésus un lien de parenté proche dont nous ne savons rien, ce qui n’a pas empêché dès l’Antiquité les commentateurs d’inventer des romans plus ou moins fiables, qui font de lui tantôt le fils de Marie Cléophas, cousine de la sainte Vierge présente à ses côtés au Golgotha, tantôt un fils d’un premier mariage de saint Joseph, idée que le catholicisme a écartée.

Un zélote converti

Ne retenons que cette parenté mal définie avec le Christ, et ce surnom de zélote associé à Simon mais parfois aussi à Jude. Il ferait d’eux des militants d’un des groupuscules hostiles aux Romains attendant l’avènement d’un Messie guerrier qui chassera l’occupant de la terre d’Israël. C’est plausible, mais les deux frères sauront se rallier, le moment venu, à un Christ pas venu pour restaurer la royauté de David mais pour que le monde soit sauvé. Cette espérance patriotique n’est-elle pas d’ailleurs la préoccupation qui sous-tend les seuls mots que nous connaissions de Jude ? Le soir de la dernière Pâque, celui-ci demande à Jésus pourquoi il a choisi de se révéler à eux et non au monde, question que le Christ laisse sans réponse directe, se bornant à répliquer que "quiconque l’aime garde sa parole"… 

La Tradition le montre, après la Résurrection, parcourant avec son frère Simon la Syrie, prêchant à Édesse puis se rendant en Arabie, en Mésopotamie, l’Irak actuel, en Iran et en Arménie.

Jude disparaît ensuite des sources évangéliques. La Tradition le montre, après la Résurrection, parcourant avec son frère Simon la Syrie, prêchant à Édesse puis se rendant en Arabie, en Mésopotamie, l’Irak actuel, en Iran et en Arménie. Les Arméniens lui attribuent d’ailleurs, de même qu’à saint Barthélemy, la conversion de leur nation. 

Martyr à Beyrouth

C’est ensuite que les choses se compliquent… Si chacun s’entend à reconnaître que Jude a subi le martyre, deux versions s’affrontent. Selon l’une, il aurait été supplicié à Makou, en Iran ; selon l’autre, que l’Église privilégie, à Beyrouth au Liban, vers 62. Dans l’une des versions, le saint est assommé, ce qui explique qu’il soit représenté une massue à ses pieds, selon l’autre il est décapité. Ce qui importe est qu’il soit mort pour le Christ. En tout cas, les reliques vénérées à Saint-Pierre de Rome, mais aussi à Toulouse, sont bien celles du Jude martyrisé à Beyrouth. Celles de Makou appartiendraient à un homonyme.

Là encore, peu importe. Le Nouveau Testament lui attribue l’une des épîtres canoniques mais les exégètes éprouvent désormais des doutes et le Jude auteur de cette lettre ne serait pas l’apôtre. Ces questions savantes intéressent fort peu, il faut le dire, tous ceux qui viennent implorer l’apôtre, souvent représenté avec le même visage que Jésus, ressemblance accentuée par la médaille du Christ qu’il arbore, soulignant leur parenté. Notons enfin qu’en Suisse et dans le monde germanique, Jude a une autre spécialité : à l’instar de saint Antoine de Padoue, il retrouve les objets perdus ou égarés.

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