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Jan Bula (à gauche) et Václav Drbola (à droite) ont été béatifiés le 6 juin 2026.
Chaque année, le 17 juin, les chrétiens pourront célébrer la mémoire de deux jeunes prêtre tchèques, Jan Bula et Václav Drbola, condamnés à la peine de mort et exécutés au début des années cinquante par le régime communiste en Tchécoslovaquie, raconte dom Samuel, abbé de Nový Dvůr. Ils ont été béatifiés ce 6 juin par le cardinal canadien d’origine tchèque, Michael Czerny.
Les persécutions derrière ce qu’on appelait à l’époque le Rideau de fer sont présentes dans nos mémoires, mais comment ceux qui ont résisté, comment ceux qui ont survécu, comment ceux qui ont donné leur vie sont-ils devenus "semences de chrétiens" dans leur pays devenu la République tchèque et la Slovaquie ? Et, surtout, qu’ont-ils à nous apprendre aujourd’hui, pour que la foi chrétienne, affrontée à d’autres résistances non moins fortes, demeure demain vivante ?
Un cardinal canadien… né en Tchécoslovaquie
À l’appel de l’évêque de Brno, plus de 13000 chrétiens se sont rendus au Palais des expositions, le samedi 6 juin 2026, pour célébrer la béatification de ces deux jeunes prêtres, présidée par le cardinal canadien Michael Czerny sj. De belles trajectoires humaines et chrétiennes se sont croisées ce jour-là : Michael Czerny, né à Brno le 18 juillet 1946, a quitté la Tchécoslovaquie au début de la persécution communiste avec ses parents qui ont émigré au Canada où il a oublié sa langue maternelle, qu’il maîtrise cependant suffisamment pour prêcher et célébrer dans son pays d’origine. Il avait entre cinq et six ans quand Père Jan et Père Václav ont donné leur vie pour le Christ. Depuis la Révolution de velours, en 1989, il revient de temps en temps dans son pays natal.
Arrestations massives de prêtres
Jan (Jean) Bula, né le 24 juin 1920, est ordonné prêtre le 29 juin 1945. Václav (Wenceslas) Drbola, de huit ans son aîné, né le 16 octobre 1912, avait été ordonné prêtre le 5 juin 1938. La Deuxième Guerre mondiale fut donc les témoins des premières années de ministère du premier, et de l’éveil de la vocation sacerdotale du second, l’un et l’autre œuvrant dans deux paroisses rurales du même diocèse de Brno. En 1948, Père Václav est prêtre depuis 10 ans, Père Jan depuis trois ans… Le Parti communiste prend le pouvoir en Tchécoslovaquie. Rapidement, commencent les arrestations massives de prêtres, de religieux et de religieuses. De nombreux couvents gardent aujourd’hui le souvenir de centaines d’entre eux qui y furent incarcérés et qui furent ensuite interdit d’exercer leur ministère pendant de longues années. En 1950, dans le village de Babice où l’abbé Drbola est curé, trois fonctionnaires de l’État sont assassinés. Parmi les coupables se trouvait un camarade de classe de Jan Bula. Jan était en prison depuis trois mois, Václav depuis deux semaines. Puisqu’il connaissait ces gens, la police essaie de leur faire porter une part de la responsabilité. né d’avoir organisé l’attentat. Jan Bula tombe bientôt également dans les mailles de ce filet. Cette sombre histoire qui ne sera jamais totalement éclaircie donne lieu à une parodie de procès dont les deux prêtres seront les victimes innocentes. Le Père Václav Drbola, condamné à mort, est exécuté le 3 août 1951. Il a 38 ans. Le Père Jan Bula sera condamné un an plus tard et exécuté le 20 mai 1952. Il allait avoir 32 ans. L’un et l’autre étaient depuis longtemps sous surveillance policière à cause de leur zèle apostolique, notamment au service des jeunes. Crime, à cette époque-là !
La fidélité à la vérité et la puissance du pardon
Autour d’une telle célébration, on aurait pu craindre un accent doloriste — savoir souffrir au service du Christ… — ou une revanche politique. Rien de tout cela dans les deux halls du Palais des congrès de Brno qui abritaient de nombreuses familles avec leurs enfants, des adolescents et des jeunes. Autour du cardinal, les évêques tchèques et environ deux cents prêtres, rejoints par des confrères slovaques, autrichiens et allemands. Le chœur chrétien et l’orchestre qui portaient la prière de cette assemblée fervente comptaient 400 musiciens de tous âges. Les motifs de la béatification : la fidélité à la vérité, la force de l’amour, la puissance du pardon, donnaient le ton et l’orientation à cette assemblée chrétienne qui célébrait son avenir plus encore que son passé.
Un témoignage pour les moines et pour les jeunes
Cinq moines de l’abbaye Notre-Dame de Nový Dvůr, un postulant et un séminariste en séjour au monastère avaient tenu à faire la route qui sépare leur monastère à l’Ouest de la Tchéquie, de la ville de Brno à l’Est, où sont nés quelques-uns de leurs fondateurs. Pourquoi ? Parce que leur vie de prière et leur secrète fécondité apostolique prennent leur sève dans le témoignage de ceux qui les ont précédés, pour construire un monde d’hommes et de femmes responsables, fidèles à la vérité, forts de l’amour de Dieu et capables de pardonner. Dieu veuille que les enfants et les adolescents qui ont participé à cette fête de la foi et qui ont pu éprouver la force de l’espérance chrétienne, en gardent la mémoire pour être fidèles à leur tour, en construisant des familles chrétiennes, ou en donnant leur vie au Christ dans le sacerdoce ou la vie religieuse. Chacun à sa manière, ils répondront aux appels du Christ qui sait parler aux cœurs ouverts à la lumière, même aux époques mouvementées, comme celle de ces deux prêtres, comme la nôtre aujourd’hui.
Du bienheureux Jan Bula, il ne reste rien. Ses bourreaux n’ont pas rendu son corps à sa famille. Rien, aucune relique, sauf la chasuble de sa première messe. Rien de tangible, mais la foi qui l’a animé et dont il a témoigné jusqu’au sang, avec son confrère Václav Drbola, est vivante dans son diocèse.
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