À travers les siècles, de nombreux saints ont combattu l’esclavage ou en ont eux-mêmes été victimes, témoignant par leur vie que toute forme de servitude peut être vaincue.
La France a aboli l’esclavage le 27 avril 1848. Mais la traite humaine est loin d’avoir disparu. Selon des données de 2022 de l’Organisation internationale du Travail, de Walk Free et de l’Organisation internationale pour les migrations, près de 50 millions de personnes vivent encore aujourd’hui dans des formes d’esclavage moderne. Face à une réalité qui peut sembler écrasante, il est facile de se sentir démuni. Pourtant, chacun peut agir à son échelle, en puisant notamment force et inspiration auprès de ces saints qui ont combattu l’esclavage ou en ont eux-mêmes été victimes.
La bienheureuse Anne-Marie Javouhey

Anne-Marie Javouhey (1779-1851) découvre sa vocation en pleine Révolution française et fonde sa propre communauté religieuse, la congrégation des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny, destinée à l’instruction des plus pauvres. Envoyée en Guyane au début du XIXe siècle, elle y accueille des esclaves à qui l’on annonce leur affranchissement… sans qu’ils y croient, tant leur vie n’a été que chaînes et violences. À Mana, elle bâtit patiemment une communauté où ils apprennent à vivre libres, à travailler, à lire et à découvrir la foi, rompant avec les logiques brutales de l’esclavage. Face aux résistances, aux critiques et aux obstacles, elle poursuit son œuvre avec ténacité, offrant à ces hommes et ces femmes non seulement une liberté concrète, mais aussi une dignité retrouvée.
Le vénérable Augustus Tolton
Né dans une famille réduite à l’esclavage dans le Missouri, aux États-Unis, Augustus Tolton (1854-1897) accède à la liberté pendant la guerre de Sécession et se découvre une vocation sacerdotale, malgré le rejet de tous les séminaires américains en raison de sa couleur de peau. Envoyé à Rome, il y est ordonné prêtre en 1886 avant de revenir servir son pays, où il fonde notamment une paroisse pour les fidèles noirs à Chicago. Marqué par les discriminations mais animé d’une foi profonde, il consacre sa vie à l’évangélisation et à l’unité. Il a été reconnu "vénérable" par le pape François en 2019.
Sainte Joséphine Bakhita

Enlevée et vendue d’un maître à l’autre, Joséphine Bakhita (1869-1947) refuse finalement de suivre son ravisseur. Catéchumène, elle ne part pas avant d’avoir été baptisée. L’affaire est portée devant les tribunaux, qui reconnaissent la liberté de Bakhita (et de toutes celles qui, comme elle, sont libres dès leur arrivée en Italie). En se battant pour obtenir justice, elle porte le coup de grâce à l’abolition de l’esclavage en Italie. Elle est aujourd’hui la patronne des chrétiens opprimés.
Saint Pierre Claver
Soucieux de se mettre au service des plus misérables, le prêtre jésuite Pierre Claver (1580-1654) se fait un devoir de porter secours aux esclaves débarqués à Carthagène des Indes, dans l’actuelle Colombie. Ce missionnaire se fait "esclave des esclaves pour toujours", accueillant les captifs dès leur arrivée avec nourriture, soins et réconfort, au cœur d’un système d’une extrême brutalité. Apprenant leurs langues, les catéchisant avec patience, il baptise plus de 300.000 d’entre eux. Au prix d’une vie d’abnégation et d’épuisement, il incarne une charité radicale, faisant de son existence un combat silencieux pour la dignité des plus méprisés.
Saint Vincent de Paul

Capturé par des pirates en Méditerranée en 1605, saint Vincent de Paul (1581-1660) est vendu comme esclave à Tunis et passe près de deux ans en captivité, changeant plusieurs fois de maître. Cette expérience lui fait découvrir de l’intérieur la souffrance des captifs chrétiens et la dureté de leur condition. Libéré après une évasion périlleuse, il n’oublie jamais ces années et consacre ensuite son ministère à secourir les prisonniers, les galériens et les plus pauvres, faisant de sa vie un combat concret pour la dignité humaine et la charité.
Saint Anselme de Cantorbéry

Saint Anselme (1033-1109) est un philosophe italien, abbé et archevêque de Cantorbéry. En 1102, il convoque le concile de Londres, au cours duquel il condamne la traite négrière en ces termes. "Que nul n’ose désormais se livrer à ce commerce infâme, répandu en Angleterre, qui consiste à vendre des hommes comme des bêtes", déclare-t-il alors. Ce décret n’a pas force de loi, mais, conjugué à d’autres facteurs, il contribue à abolir l’esclavage en Angleterre à la fin du XIIe siècle, bien que la traite négrière se poursuive en Grande-Bretagne jusqu’en 1833.
Saint Pierre Nolasque
Saint Pierre Nolasque (1189-1256) est un noble français vivant à une époque où de nombreux chrétiens sont capturés par les musulmans et réduits en esclavage. Pour lutter contre ce fléau, il fonde l’Ordre de la Bienheureuse Vierge Marie de la Miséricorde, dont les membres prononcent un quatrième vœu : consacrer « tous leurs biens et leur liberté même à la libération des esclaves », quitte à s’offrir eux-mêmes en otage. Nombre de ses disciples subissent le martyre dans cette œuvre, mais ils libèrent quelque 70.000 personnes au fil des siècles. Aujourd’hui, les frères œuvrent auprès des prisonniers, des pauvres, des malades et des personnes souffrant d’addictions.
Le vénérable Félix Varela y Morales
Prêtre et homme d’État cubain, Félix Varela y Morales (1788-1853) est envoyé comme député au Parlement espagnol. Il saisit l’occasion de plaider en faveur de l’abolition de l’esclavage et de la liberté des colonies espagnoles, sachant pourtant que de telles convictions abolitionnistes lui vaudraient probablement d’être exécuté pour trahison. Par chance, il réussit à s’enfuir à New York avant l’exécution de sa peine. Il y consacre le reste de sa vie au service des communautés immigrées (notamment irlandaises) et œuvre à faire de l’Église catholique américaine une Église solidaire des immigrants.
Saint Jean-Marie Kiwanuka Muzeeyi

Saint Jean-Marie Kiwanuka Muzeeyi (1857-1887) est enlevé et vendu au roi du Buganda lorsqu’il est enfant. Libéré plus tard, il prend à cœur le sort des captifs. Peu après sa conversion au catholicisme, Muzeeyi fait vœu de pauvreté, de chasteté, d’obéissance et de soin des malades. Il consacre tous ses biens à l’évangélisation des non-chrétiens et au rachat des esclaves. Lorsque les persécutions commencent, il s’enfuit avec nombre de ces captifs libérés dans le désert, où il continue de les instruire dans la foi. Lorsque le roi déclare mensongèrement avoir pardonné aux chrétiens, Muzeeyi sort de sa cachette pour le mettre à l’épreuve et est tué lors des persécutions qui coûtent également la vie à saint Charles Lwanga.
Sainte María Micaela du Saint-Sacrement

Après avoir rencontré une jeune femme de bonne famille tombée dans la prostitution, María Micaela du Saint-Sacrement (1809-1865), qui grandit à la cour de plusieurs monarques européens, fonde un foyer pour les femmes qui cherchent à s’en sortir. Ce foyer donne naissance aux Servantes du Saint-Sacrement et de la Charité, qui œuvrent pour la liberté, la guérison et la réinsertion sociale des femmes victimes de la traite. Mère María Micaela endure le mépris et la calomnie, l’opposition et les menaces, et même des violences physiques, mais elle refuse toujours d’abandonner les femmes qui ont besoin d’elle. Aujourd’hui, ses sœurs sont présentes dans plus de vingt pays.
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