Au cœur des montagnes savoyardes, l’éclat baroque de Saint-Nicolas-de-Véroce

Pascal Deloche / GODONG
Le retable de l'église Saint-Nicolas-de-Véroce de Saint-Gervais-les-Bains.
Perchée à 1.200 mètres d’altitude, l’église Saint-Nicolas-de-Véroce de Saint-Gervais-les-Bains abrite l’un des joyaux du baroque savoyard. Derrière sa façade discrète se dresse un retable éblouissant, témoignage d’une ardente foi montagnarde.
Les œuvres d’art ont parfois deux vies. À Saint-Nicolas-de-Véroce, près de Saint-Gervais-les-Bains, c’est exactement le cas du grand retable de l’église paroissiale. Le village, tourné vers le massif du Mont-Blanc, se niche en Haute-Savoie dans un paysage de montagne d’une beauté saisissante.
À la toute fin du XVIIe siècle, un retable est commandé au sculpteur Jacques Clairant pour orner l’ancienne église. Quelques décennies plus tard, l’édifice, fragilisé, menace ruine. Il faut alors se résoudre à construire une nouvelle église.
Les habitants ne sont pourtant pas riches. Mais ils peuvent compter sur l’attachement profond de ceux qui ont quitté leur terre natale. Colporteurs merciers, marchands ambulants et saisonniers spécialisés dans le commerce des étoffes : tous, bien que installés loin de leur vallée, envoient de généreux dons. À leurs côtés, on trouve également des marchands savoyards établis en Suisse, en Allemagne ou encore en Autriche, qui contribuent eux aussi à la reconstruction.
Un retable installé, réinstallé et embelli
Il n’est cependant pas question de renoncer au décor intérieur existant. Le retable, encore récent, doit être préservé et adapté aux nouvelles dimensions du chœur. Les bâtisseurs ne se contentent toutefois pas d’un simple ajustement : ils l’enrichissent et le magnifient.
Le centre du retable accueille alors une œuvre inattendue : La Gloire de saint Nicolas, peinte par Antoine Herzog. Inattendue, car l’artiste travaille à Vienne, bien loin de la petite église de montagne. Cette présence s’explique peut-être par l’influence des Savoyards installés en Autriche, qui auraient offert la toile à leur paroisse d’origine. À l’époque baroque, les arts circulent à travers toute l’Europe, et même les villages les plus reculés bénéficient de cette vitalité artistique.
De nouvelles sculptures et des dorures viennent encore compléter l’ensemble. La tradition raconte que les matériaux nécessaires à ces dorures auraient été transportés à dos de mulets, sur des chemins enneigés : un véritable exploit, commun à bien des églises de montagne.
Trois registres pour dire la foi
Le retable n’est pas un simple ornement. Il constitue une prière sculptée dans le bois et recouverte d’or, un véritable pont qui unit la terre au ciel. Comme la plupart des retables baroques savoyards, celui de Véroce s’organise en trois niveaux bien distincts.
En bas, le tabernacle doré forme la base lumineuse de l’ensemble. Au centre, une grande toile représentant La Gloire de saint Nicolas s’inscrit entre des colonnes torses et des guirlandes sculptées ; le saint, évêque de Myre, y apparaît en bénédiction, tourné vers les fidèles. Au sommet, les anges et les volutes s’élèvent et ouvrent le regard vers le ciel.
Deux statues viennent encore accompagner la composition : celles de saint Roch et de saint Étienne, comme deux gardiens veillant silencieusement sur le maître-autel. L’or, la lumière et le mouvement donnent à l’ensemble une impression de vie et d’élan spirituel.
Selon la tradition, l’église possédait même une relique de saint Nicolas, enchâssée dans un bras d’argent. De nombreux pèlerins venaient ainsi prier celui que l’on invoque pour la protection des enfants, des voyageurs et, bien sûr, des colporteurs.
ALETEIA

